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Voitures béliers et armes blanches : Israël dépassé par un nouveau type de terrorisme

Dans un contexte de tensions religieuses, plusieurs attaques menées par des Palestiniens ont fait une dizaine de morts en un mois.

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France Télévisions
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Une secouriste et un agent de sécurité israéliens, le 18 novembre, devant la synagogue attaquée par deux terroristes palestiniens, faisant cinq morts. (JACK GUEZ / AFP)

Avec des couteaux ou à la voiture bélier, ils ont déjà fait plus de morts civils cette année que les roquettes du Hamas. Depuis le 22 octobre dernier, une série d'attentats perpétrés par des Palestiniens a tué onze Israéliens, à Jérusalem pour l'essentiel. C'est dans une synagogue de la ville que deux assaillants armés d'un pistolet, d'une hache et de couteaux ont tué cinq personnes, mardi 18 novembre, avant d'être abattus. Des attaques qui choquent la ville sainte, le plus souvent épargnée par ce type de violences, et Israël tout entier, où la sécurité intérieure semblait maitriser le risque d'attentat. Comment expliquer que le pays soit ainsi pris de cours ?

Des assaillants au profil de loups solitaires

Le 22 octobre, un Palestinien – présenté comme un membre du Hamas – fonce avec sa voiture sur un arrêt de tramway à Jérusalem, tuant deux personnes dont un bébé. Touché par les policiers, l'assaillant succombe à ses blessures. Deux semaines plus tard, le 5 novembre, un autre Palestinien, lui aussi affilié au Hamas, fonce dans la foule, toujours à Jérusalem, puis sort de son véhicule pour frapper les passants à la barre de fer : lui aussi fait deux morts, dont un policier. Il est abattu sur le champ. Le 10 novembre, un jeune Palestinien poignarde à mort un soldat dans une gare ferroviaire de Tel Aviv, tandis qu'un autre homme tue de la même manière une jeune femme dans une colonie en Cisjordanie. L'agresseur était membre du Jihad islamique palestinien. Enfin, une semaine plus tard, deux cousins s'attaquent à une synagogue de Jérusalem et font cinq victimes.

Tous les assaillants impliqués dans cet engrenage de la violence ont un point commun : ils ne correspondent pas au profil type de l'auteur d'attentats. Si les services secrets israéliens ont été prompts à rappeler le lien de certain d'entre eux avec des organisations terroristes, celles-ci se sont réjouies de leurs actions mais ne les ont pas revendiquées, du moins jusqu'à l'attaque de mardi. Quel que soit leur passé militant, ces terroristes semblent avoir agi de façon isolée.

Un profil que Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l'université ouverte d'Israël, à Jérusalem, décrit comme un "jeune homme qui a une envie de vengeance à cause d'histoires familiales avec les Israéliens, parce qu’il y en a toujours, et qui un beau jour se réveille, prend l’arme qu’il a réussi à dégoter et passe à l'acte". Les moyens rudimentaires (couteau, barre de fer ou voiture bélier) témoignent de la spontanéité de ces actes, loin des attentats à la bombe pratiqués pendant la seconde Intifada par des groupes comme le Hamas. Denis Charbit voit dans cet enchainement un "effet d'émulation", encouragé par les tensions persistantes et la mort de plusieurs Palestiniens, l'un dans une manifestation après une bavure policière, l'autre retrouvé pendu dans ce qui est vu comme un acte raciste. 

Les terroristes libres de leurs mouvements

Ce qui surprend le plus en Israël, c'est que cette vague trouve son origine à Jérusalem. La ville sainte "a toujours été à l'écart des grands mouvements de violence", explique Denis Charbit, notamment parce que les habitants de la partie palestinienne de la ville, Jérusalem-Est, jouissent d'une carte d'identité israélienne qui leur donne un certain nombre de droits inaccessibles aux Cisjordaniens. Des tensions spécifiques à Jérusalem expliquent sans doute le mouvement, entre les affrontements autour de l'esplanade des Mosquées et l'installation récente de familles juives à Jérusalem-Est.

Mais, alors qu'il est plus compliqué que jamais d'entrer en Israël depuis la Cisjordanie, notamment grâce à la controversée barrière de séparation en construction depuis 2002, la liberté allouée aux habitants de la ville sainte est aussi un facteur d'explication. "A Jérusalem, la circulation est ouverte. Il n'y a pas de barrage ni de checkpoint entre les deux parties de la ville", remarque Charbit. Un contrôle discret s'exerce, par des agents en civil, et il arrive que des barrages ponctuels soient installés, mais les auteurs de ces attaques, au profil assez ordinaire, se fondent dans le paysage : "Les deux auteurs de l’attentat de la synagogue avaient une plaque israélienne, personne ne les a arrêtés sur leur chemin." L'un d'eux était même employé dans un épicerie a proximité de l'édifice religieux.

Une impuissance face à des actes isolés

La situation met en lumière la difficulté à réagir des services de sécurité israéliens. C'est en partie grâce à leurs efforts qu'Israël a été relativement épargné depuis la fin de la deuxième Intifada en 2005. "Il y a eu çà et là des attentats, mais pas dans une succession rapide comme aujourd'hui", témoigne Denis Charbit. Pour lui, la raison est simple : "Il y a un fichage et un quadrillage du territoire, notamment par l'utilisation des écoutes, qui fait qu’aujourd’hui les organisations terroristes ont perdu leur capacité d’action" en Israël. Mais les assaillants de ces derniers jours, auteurs d'actes isolés, passent entre les mailles de ce filet qui se base essentiellement sur les communications.

Mardi, pour la première fois, une de ces attaques a été revendiquée : celle de la synagogue, par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Les deux terroristes seraient deux cousins issus d'une famille "fondatrice" du mouvement, explique Denis Charbit. Mais pour lui, ce tournant dans cette vague de violence n'est pas forcément inquiétant. Le FPLP est aujourd'hui "une organisation marginale qui n'a pas de moyens d'actions aussi solides que le Hamas", souligne l'universitaire. 

Mais si les auteurs d'attentats restent ces Palestiniens isolés, Israël ne pourra pas faire grand chose pour les arrêter. "Il faut une plus forte présence policière, appeler les gens à la vigilance, bien sûr." Mais Denis Charbit ne pense pas que de telles mesures seraient dissuasives, de même que la reprise par Israël de la destruction des maisons des terroristes. Dans l'idéal, juge-t-il, il faudrait "une rencontre Abbas-Nétanyahou, mais ça n'arrivera pas demain". D'ici là, il s'attend à "de nouvelles déclarations tonitruantes", mais rien de plus.

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