Témoignages "Des patients déjà morts, sur des civières ou portés par leur famille" : de retour de Gaza, des soignants français témoignent devant les députés insoumis

Les soignants français de la Palmed ont passé deux semaines à Khan Younès, dans l'hôpital européen de Gaza. Mardi, ils ont témoigné de cette mission devant les députés insoumis.
Article rédigé par franceinfo - Joséphine Ortuno
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Khan Younes, le 30 décembre 2023. (ABED RAHIM KHATIB / DPA)

Alors qu'Israël annonce une prochaine offensive sur Rafah, dernier refuge pour plus d'un million de Palestiniens de la bande de Gaza, la situation humanitaire est déjà catastrophique dans le territoire palestinien. Particulièrement au Sud, là où des soignants français de la Palmed, une association de médecins, ont réalisé une mission de deux semaines. À Khan Younès, dans l'hôpital européen de Gaza, ils ont été témoins de l'atrocité de la guerre. Ils ont témoigné, mardi 13 février, devant des députés insoumis.

Quand Iman Marifi, une infirmière, se souvient des urgences de l'hôpital, elle décrit ce service comme la première porte de l'horreur : "J'ai eu quotidiennement des patients arrivés déjà morts, sur des civières ou portés par leur famille. J'ai vu des patients arriver sur des charrettes tirées à dos d'âne parce que les ambulanciers ont trop peur de se déplacer dans certaines zones." 

Les ambulanciers ont arrêté de se déplacer, alors ce sont les familles elles-mêmes qui amènent leurs proches décédés. "Comme vous êtes la seule étrangère du service, on estime que vous avez peut-être des compétences meilleures que celles de leurs médecins locaux. Et non...Vous annoncez qu'il est mort et qu'on ne va rien faire. Donc ils repartent avec en hurlant mais toujours en vous respectant", raconte-t-elle.

"Pour eux on représente une protection, divine peut-être"

Ce lien avec les victimes,c'est ce qui a marqué le docteur Khaled Ben Boutrif."Pendant le séjour, on se lie aux gens, on se lie aux enfants, on finit par les connaître. Ils sont contents qu'on soit la. Pour eux on représente une protection, divine peut-être." Pourtant, lui ne se sentait pas en sécurité : "Les bombardements c'était jour et nuit. Que ce soit les drones de surveillance ou les drones tueurs, ils étaient là tout le temps. On était obligés parfois de se protéger dans le couloir, parce que rester au bord des fenêtres était dangereux."

Outre l'insécurité et l'insalubrité au quotidien, le docteur jonglait aussi avec un manque de moyens. "Le manque de médicaments, les antalgiques, les morphiniques, les antibiotiques, de quoi faire des pansements... Les soignants vivent au jour le jour. Ils font avec ce qu'ils ont sous la main." À ses yeux, le plus inquiétant "c'est le regard des enfants, qui attendent d'être consolés, d'être rassurés, d'une protection, d'une présence des adultes. Là ou les adultes ne peuvent pas la donner. Ça c'était très désolant."

Ces enfants, le docteur Nizar Badran ne peut pas s'empêcher de les comparer aux siens. "Les enfants à Gaza, contrairement aux miens, ils savent ce que c'est le bruit du F35. Ils arrivent à faire la différence avec les missiles ou un tir de tank. Ils arrivent à déterminer la distance. En fonction du bruit, ils savent ce que c'est et à quelle distance. Ça, ça m'a impressionné", dit-elle. En plus d'un cessez-le-feu, Nizar Badran et les autres docteurs de l'association demandent au gouvernement français d'équiper les blocs opératoires de l'hôpital européen de Gaza.

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