Qui est Mohamed Allan, le détenu palestinien en grève de la faim ?

Emprisonné depuis dix mois et en grève de la faim depuis 60 jours, ce Palestinien a donné 24 heures à Israël pour régler son cas.

Maazouzeh Allan, la mère de Mohammed Allan, brandit un portrait de son fils en grève de la faim, à Beersheba dans le sud d\'Israël, le 9 août 2015.
Maazouzeh Allan, la mère de Mohammed Allan, brandit un portrait de son fils en grève de la faim, à Beersheba dans le sud d'Israël, le 9 août 2015. (AMIR COHEN / REUTERS )

Inconnu du public il y a deux mois, le détenu palestinien Mohamed Allan est devenu en quelques semaines le symbole de la lutte contre la détention administrative en Israël. Soupçonné d'appartenir à un groupe terroriste islamiste, le jeune homme de 31 ans a entamé une grève de la faim en juin et est tombé dans le coma dans la nuit du 13 au 14 août.

Il a repris conscience après cinq jours dans le coma et a fixé un ultimatum de 24 heures à Israël pour régler son cas. A défaut, il reprendra sa grève de la faim et "la durcira en cessant de boire", a indiqué le Club des prisonniers palestiniens, l'organisation qui défend les 5 700 détenus palestiniens détenus par Israël.

Le gouvernement israélien s'est dit prêt à le libérer s'il accepte de partir dans un autre pays pendant quatre ans, mais cette proposition a été refusée par son avocat.

Il est emprisonné, mais n'a pas eu de procès

En prison sans inculpation ni procès depuis novembre 2014, Mohamed Allan est devenu l'emblème de la lutte contre la détention administrative. Cette mesure, renouvelable indéfiniment tous les six mois, permet d'emprisonner quelqu'un sans lui notifier de charges, note Le Monde. Un héritage du mandat britannique sur la Palestine entre 1920 et 1948.

La détention administrative prévoit donc que le mandat des prisonniers soit renouvelé tous les six mois par un juge, mais l'examen du dossier se déroule à huis clos. Les services chargés de la sécurité intérieure de l'Etat hébreu peuvent aussi transmettre des informations confidentielles au juge, sans en informer les avocats du détenu, réduisant largement leur influence sur le dossier.

Le sort de Mohamed Allan ravive les tensions entre Palestiniens et Israéliens : dimanche 16 août, des affrontements ont éclaté devant l'hôpital d'Ashkelon où il est soigné. Des manifestants arabes, israéliens et palestiniens ont fait face à des militants juifs appelant à la mort du détenu. Des jets de pierres ont été jetés des deux côtés et la police dit avoir arrêté plus de dix juifs et arabes israéliens.

Il est soupçonné d'appartenir au Jihad islamique

Avocat de 31 ans, Mohamed Allan est soupçonné par les renseignements israéliens d'appartenir aux brigades Al-Qods, la branche armée du Jihad islamique, et de préparer des attentats-suicides, explique Libération.

Pour l'instant, aucune information officielle n'établit de liens entre le jeune homme et l'organisation armée, mais à Einabus, le village de Cisjordanie où résident de nombreux membres du clan Allan, les liens de la famille avec le Jihad islamique sont connus, y compris par les services de l'Autorité palestinienne. 

De son côté, le Jihad islamique a présenté Mohamed Allan comme l'un des siens. Un an après la conclusion d'un cessez-le-feu avec Israël, les brigades Al-Qods ont prévenu que "cette trêve prendrait fin si Mohamed Allan meurt".

Son état de santé est alarmant

Depuis le 18 juin, Mohamed Allan n'ingère que de l'eau sans compléments, et refuse tout traitement. Il dénonce ses conditions de détention et exige sa remise en liberté ou un jugement public. Après 58 jours sans manger, la Croix-Rouge a alerté sur l'état de santé alarmant du jeune avocat, le décrivant "en danger de mort imminente", avec perte de la vue, de l'audition, et de ses capacités à se mouvoir.

Transféré à l'hôpital Barzilai à Ashkelon, au nord de la bande de Gaza. Les médecins israéliens l'ont placé sous respirateur artificiel et lui ont administré de l'eau salée et des vitamines pour le maintenir en vie. Un des praticiens a affirmé qu'il n'avait pas subi de dommage irréparable, mais qu'il ne survivrait probablement pas s'il reprenait sa grève de la faim.

Le cas de Mohamed Allan fait écho à une nouvelle loi adoptée le 30 juillet 2015 par la Knesset, le Parlement israélien, qui autorise l'alimentation de force des prisonniers en grève de la faim, dans le cas où leur vie serait en danger. "Les grèves de la faim des terroristes en prison sont devenues un moyen de menacer Israël", a affirmé Gilad Erdan, le ministre à la Sécurité intérieure. A l'été 2014, des dizaines de prisonniers avaient été hospitalisés à la suite d'un large mouvement palestinien de grève de la faim.