La réponse d'Israël aux manifestations à Gaza "peut constituer" un "crime contre l'humanité", selon les enquêteurs de l'ONU

Israël rejette comme "partial" ce rapport d'une commission d'enquête de l'ONU sur sa riposte face aux manifestations de 2018 dans la bande de Gaza. L'Etat hébreu impute au mouvement palestinien Hamas la responsabilité du bilan humain.

Des Palestiniens courent, lors d\'une manifestation à Gaza, le 28 septembre 2018. 
Des Palestiniens courent, lors d'une manifestation à Gaza, le 28 septembre 2018.  (MAJDI FATHI / NURPHOTO / AFP)

La riposte israélienne aux manifestations de Palestiniens à Gaza en 2018 s'apparente à des "crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité", a conclu jeudi 28 février une commission d'enquête de l'ONU. Dans leur rapport, les trois enquêteurs, mandatés par le Conseil des droits humains de l'ONU mais qui n'ont pas reçu le feu vert d'Israël pour aller sur le terrain, se sont penchés sur les violences ayant entouré les rassemblements hebdomadaires de fin mars 2018 jusqu'à fin décembre dans le territoire palestinien.

Selon la commission, ces manifestations étaient essentiellement de "nature civile" et il existe des "motifs raisonnables de croire que des tireurs d'élite israéliens ont tiré sur des journalistes, du personnel de santé, des enfants et des personnes handicapées, sachant qu'ils étaient clairement reconnaissables comme tels". 

Le chef de la diplomatie israélienne, Israel Katz, a dénoncé un rapport "hostile, mensonger et partial" contre son pays et reinvoqué le droit d'Israël à se défendre contre les agissements "terroristes" du Hamas, qui gouverne sans partage la bande de Gaza. Mais pour le président de la commission de l'ONU, l'Argentin Santiago Canton, "les soldats israéliens ont commis des violations du droit international humanitaire et des droits humains". "Certaines de ces violations peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité et doivent immédiatement faire l'objet d'une enquête par Israël", a-t-il affirmé. 

Plus de 6 000 civils touchés par des tireurs d'élite

Dans ses conclusions, la commission recommande par ailleurs aux autorités de la bande de Gaza de cesser d'utiliser des "cerfs-volants et des ballons dotés de dispositif incendiaire", l'envoi de ces engins vers Israël constituant un des aspects de la vaste mobilisation palestinienne.

La bande de Gaza, coincée entre Israël, l'Egypte et la Méditerranée, est le théâtre depuis mars 2018 de protestations hebdomadaires, généralement accompagnées de violences, le long de la barrière. Au moins 251 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date, la grande majorité le long de la frontière, et les autres dans des frappes israéliennes en représailles à des actes hostiles en provenance de l'enclave. Deux soldats israéliens ont été tués sur la même période.

Selon la commission, "plus de 6 000 manifestants non armés ont été touchés par des tireurs d'élite militaires, semaine après semaine lors des manifestations" dans la bande de Gaza l'an dernier. La commission, avec qui Israël n'a pas coopéré, a procédé à 325 entretiens avec des victimes, des témoins et des sources et recueilli plus de 8 000 documents. Elle a aussi eu accès à du matériel audiovisuel, dont des enregistrements réalisés par des drones.