Jérusalem reconnue capitale d'Israël : "L'initiative de Donald Trump, c'est verser de l'huile sur le feu" déplore François Bayrou

Invité de l'émission "Questions d'info", François Bayrou (MoDem) estime que la prise de position du président Trump sur Jérusalem ne sert qu'à "favoriser son propre statut dans la vie politique américaine". 

François Bayrou, maire de Pau (MoDem), le 7 décembre 2017.
François Bayrou, maire de Pau (MoDem), le 7 décembre 2017. (FRANCEINFO)
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Le président américain Donald Trump a reconnu officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël, jusqu'ici capitale auto-proclamée par les Israéliens, tandis que la communauté internationale accorde ce statut à Tel-Aviv où demeurent toutes les ambassades.

François Bayrou, maire de Pau (MoDem) et invité de l'émission Questions d'info sur LCP, Le Monde, franceinfo, AFP, restime que "l'initiative de Donald Trump, c'est verser de l'huile sur le feu", ajoutant que cette initiative "n'est pas pour faire progresser une solution au Moyen-Orient, c'est pour favoriser son propre statut dans la vie politique américaine et mobiliser des soutiens autour de lui".

franceinfo : Est-ce que Donald Trump est un pyromane en prenant ce type d'initiatives ?


François Bayrou : Qu'est-ce qui est frappant dans le moment que nous vivons ? C'est qu'il y a des gens qui jouent avec des allumettes sur des barils de poudre ! Si vous pensez à la Corée du Nord, (...) à Trump, les deux ensembles, alors vous voyez qu'il y a d'immenses crises qui sont prêtes à exploser, qu'il y a des gens qui n'hésitent pas à allumer tous les détonateurs possibles pour que l'explosion devienne de plus en plus critique (...) Je trouve que la fascination des peuples (...) pour des gens qui sont au-delà de l'imprudence, c'est quelque chose qui là aussi mérite qu'on y réfléchisse comme si certains moments de l'histoire et certains moments dans l'histoire de certains peuples entraînaient au fond à dire : "On s'en fout, on va prendre tous les risques" (...) Qu'est-ce qu'on demande à un chef d'Etat ? On lui demande de la vision, de l'audace, de l'équilibre. Et ce qu'on voit aujourd'hui sur la scène internationale (...) c'est à peu près le contraire, c'est renoncer à la vision. Je prends l'exemple de ce qui se passe aujourd'hui autour Jérusalem, la vision est très simple : il n'y a d'avenir pour ce pays et cette région du monde et cette crise immense que dans la reconnaissance réciproque des deux communautés, des deux entités qui sont dans cette tension extrême (...). Ça se traduit dans la langue diplomatique française (par) : la solution à deux Etats avec Jérusalem comme capitale unique. Ça se traduit pour moi dans l'idée qu'il y aurait un jour deux Etats unis dans une fédération (...) 

Donald Trump parle d'une nouvelle approche. Dans le langage diplomatique américain, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'il satisfait une partie de son opinion publique, qu'il cherche à rassembler autour de lui ce qu'il y a de plus mobilisé dans une partie de la société américaine et dans une partie de la droite américaine. Donc, ça n'est pas, selon moi - mais moi j'ai plus de liberté de parole que le gouvernement français - pour faire progresser une solution au Moyen-Orient, c'est pour favoriser son propre statut dans la vie politique américaine et mobiliser des soutiens autour de lui. Une crise de cette importance et portant ce genre de risques devrait être analysée, non pas en intérêt personnel mais en intérêt général.

Quelles conséquences redoutez-vous pour la région ?

Si j'étais le président des Etats-Unis ou si j'étais autour du président des Etats-Unis, je m'inquiéterais pour l'image de l'Amérique dans cette région du monde et pour les Américains. (...) Tout se met en branle, je ne sais pas jusqu'où ira la réaction en chaîne, peut-être la réaction en chaîne s'arrêtera-t-elle parce que peut-être y a-t-il dans cette région si complexe des intérêts, des ententes souterraines, mais vous voyez bien que ce n'est pas servir l'apaisement, la paix et la reconnaissance réciproque.