Guerre dans la bande de Gaza : ce que l’on sait de la frappe israélienne sur un camp de déplacés à Rafah

Au moins 45 personnes sont mortes et 249 ont été blessées, selon les autorités palestiniennes. De son côté, Israël affirme avoir visé deux hauts responsables du Hamas, et avoir respecté le droit international.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Des débris après un bombardement de l'armée israélienne sur des tentes de déplacés dans le camp de Barkasat, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 27 mai 2024. (ASHRAF AMRA / ANADOLU / AFP)

Des tentes réduites en cendres. Israël a bombardé, dimanche 26 mai, un centre pour personnes déplacées près de Rafah, dans le sud de l'enclave. Le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza avance, lundi à la mi-journée, un nouveau bilan d'au moins 45 morts et 249 blessés.

L'armée israélienne affirme pour sa part avoir visé un complexe du Hamas dans lequel opéraient "d'importants terroristes". Voici ce que l'on sait de cette frappe meurtrière.

Au moins 45 morts et un bilan qui risque de s'alourdir

La frappe a eu lieu au camp de personnes déplacées de Barkasat, administré par l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Dans un nouveau bilan communiqué à la mi-journée lundi, le ministère de la Santé du gouvernement de la bande de Gaza, dirigé par le Hamas, a revu le nombre de victimes à la hausse, avec au moins 45 morts, "dont 23 femmes, enfants et personnes âgées", ainsi que 249 blessés. Une journaliste de la chaîne publique israélienne Kan relaie sur X des images du camp incendié.

"Des dizaines et des dizaines de blessés, plus de 180 au total, sont arrivés dans le centre de stabilisation pour la plupart avec des blessures complexes, avec des brûlures étendues", avait témoigné sur franceinfo, un peu plus tôt, Guillemette Thomas, coordinatrice médicale pour Médecins sans frontières, qui soutient un "centre de stabilisation" situé près du lieu de la frappe. 

Le mouvement islamiste au pouvoir dans l'enclave a dénoncé un "horrible massacre", appelant "les masses de notre peuple en Cisjordanie, à Jérusalem, dans les territoires occupés et à l'étranger à se lever et à marcher avec colère". La présidence de l'Autorité palestinienne, qui dirige la Cisjordanie occupée, s'insurge également contre "cet atroce massacre perpétré par les forces d'occupation israéliennes", "un défi à toutes les résolutions internationales".

Israël affirme avoir visé "un complexe du Hamas" et reconnaît avoir touché des civils

L'armée israélienne a de son côté affirmé, dans un communiqué relayé sur X, qu'un de ses avions avait "frappé un complexe du Hamas à Rafah dans lequel opéraient d'importants terroristes", dont deux responsables du mouvement en Cisjordanie, Yacine Rabia et Khaled Nagar. Elle ajoute enquêter sur les informations faisant état de civils tués dans un incendie.

Selon l'armée israélienne, Yacine Rabia "supervisait toutes les activités terroristes du Hamas en Judée et Samarie [nom donné par Israël à la Cisjordanie], envoyait des fonds à des cibles terroristes et organisait des attaques du Hamas dans toute la région". Quant à Khaled Nagar, "il transférait des fonds destinés aux activités terroristes du Hamas à Gaza et a également mené plusieurs attaques terroristes au cours desquelles des soldats de Tsahal ont été tués".

"La frappe a été menée contre des cibles légitimes au regard du droit international, grâce à l'utilisation de munitions précises et sur la base de renseignements précis", a également assuré l'armée israélienne dans son communiqué. Elle a en outre indiqué "avoir connaissance d'informations selon lesquelles plusieurs civils dans la zone ont été blessés". "L'incident est en cours d'examen", a-t-elle ajouté.

La frappe est intervenue quelques heures après le tir de huit roquettes sur Tel-Aviv depuis Rafah, pour la première fois en plusieurs mois, l'armée israélienne disant en avoir intercepté "un certain nombre". La branche armée du Hamas a dit avoir tiré "un important barrage de roquettes en réponse aux massacres sionistes contre les civils". L'armée israélienne n'a pas précisé si sa frappe était liée à cette salve de roquettes.

De nombreux palestiniens sont réfugiés à Rafah

L'armée israélienne multiplie depuis le 7 mai les opérations militaires à Rafah, ville du sud de la bande de Gaza dans laquelle s'étaient réfugiés de nombreux déplacés internes ayant fui le reste de l'enclave dans les premiers mois de la guerre. Selon l'ONU, 800 000 personnes ont quitté le centre de Rafah en près de trois semaines, après un ordre d'évacuation lancé par Israël.

Les combats s'y sont poursuivis durant le weekend malgré une décision de la Cour internationale de justice (CIJ), vendredi, ordonnant à Israël de suspendre ses opérations dans la ville, où se trouve notamment un point de passage avec l'Egypte essentiel à l'entrée de l'aide humanitaire.

Des frappes dans d'autres zones de Rafah ont aussi été signalées dimanche en fin de journée. L'Hôpital koweïtien a dit avoir reçu les corps de trois personnes, dont celui d'une femme enceinte. L'armée israélienne a de son côté fait état de huit roquettes tirées par le Hamas depuis Rafah, et affirmé avoir bombardé cette ville en riposte.

Le Qatar avertit des conséquences possibles sur les pourparlers

Le Qatar, pays médiateur entre Israël et le Hamas, a mis en garde, lundi, contre que le fait que cette frappe israélienne pourrait "entraver" les pourparlers pour un arrêt des combats. "Les bombardements vont compliquer les efforts de médiation en cours et entraver les efforts visant à parvenir à un accord pour un cessez-le-feu immédiat et durable dans la bande de Gaza", s'inquiète le ministère des Affaires étrangères qatarien. 

L'Egypte, pays frontalier, a quant à elle condamné un "bombardement délibéré" d'Israël sur ce camp de déplacés. Depuis le Caire, le ministère égyptien des Affaires étrangères a appelé dans un communiqué Israël à "mettre en œuvre les mesures édictées par la Cour internationale de justice concernant une cessation immédiate des opérations militaires" à Rafah. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis que son pays ferait "tout son possible" pour que le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et les autorités "barbares rendent des comptes".

En France, Emmanuel Macron, se dit "indigné par les frappes israéliennes qui ont fait de nombreuses victimes parmi les déplacés à Rafah", dans un message sur le réseau social X.

La militante franco-palestinienne Rima Hassan, candidate aux élections européennes sur la liste de La France insoumise, appelle sur X à un rassemblement de protestation lundi soir à Paris, puis à une marche vers l'ambassade d'Israël.

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