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Syrie : le combat quotidien des Casques blancs, sélectionnés pour le Nobel de la Paix

Les Casques blancs syriens font partie des sélectionnés pour le Prix Nobel de la Paix 2016, qui sera décerné vendredi 6 octobre. Ces bénévoles secouristes de la Défense civile syrienne interviennent au quotidien dans des zones tenues par les rebelles.

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Radio France
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Les "Casques blancs" en Syrie (THAER MOHAMMED / AFP)

Chaque jour, en Syrie, ils sont 3 000 volontaires à dégager les corps des victimes de bombardements. Les Casques blancs disent avoir sauvé plus de 60 000 personnes depuis le début de la guerre. Ils figurent aujourd'hui dans la liste des sélectionnés pour le prix Nobel de la paix 2016.

Pour Damas ce sont des terroristes, pour l’opposition des héros. Dans une autre vie, ils étaient étudiants, coiffeurs, vendeurs de tapis. Mais depuis la guerre, ils se sont improvisés secouristes. Ils sont les premiers à accourir, après chaque bombardement et à sortir les victimes des décombres, souvent à main nue. Une vidéo tourne d’ailleurs sur le net depuis quelques jours où l’on voit l'un d'entre eux sauver un bébé et s'effondrer en larme.

Depuis le début du conflit 142 Casques blancs ont été tués

Au départ, ils n'étaient qu'une poignée. Aujourd'hui, ils sont 3 000 dans la zone rebelle, et 120 à Alep. Chaque jour, ils risquent leur vie. Parmi eux Ismaël, la trentaine. Avant la guerre il était professeur d'anglais. Tous les jours, il est en première ligne. Cela fait plusieurs nuits qu'il n'a pas dormi, depuis que la ville est criblée de bombe. Aujourd’hui, Ismaël est épuisé, et sur les nerfs. "A Alep, c'est de pire en pire chaque jour. Ils ne font que bombarder, à longueur de temps. On dort à peine qu'on repart aussitôt sur les lieux des bombardements. On a peur parce qu'ils pratiquent le 'sur-attentat'".

Quand nous arrivons sur zone, il y a souvent de nouveaux bombardements

Ismaël

Casque blanc en Syrie

Ammar Salmo, dirige la section des Casques blancs d'Alep. Avant la révolution, lui aussi enseignait l'anglais et, comme Ismaël, il est terrifié mais hors de question de quitter Alep : "Depuis le début on sait que c'est très dangereux. Tout le monde n'est pas fait pour être Casque blanc." Il ajoute "Quand vous êtes Casque blanc, vous allez voir des corps décimés à longueur de journée, des gens pleurer parce qu'ils ont perdu un proche, des gens hurler parce qu'ils sont coincés sous les décombres, des gens blessés, du sang et parfois vous ne pouvez rien faire parce que les avions sont encore là. Et ça c'est très dur." 

Ammar Salmo qui dirige la section des Casques blancs d'Alep : "Pour nous, sauver une seule vie c'est déjà une grande victoire."
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Le siège imposé cet été par le régime syrien a presque mis à terre les Casques blancs. Ils n''ont aujourd’hui plus les moyens de remplir leur mission : trop de bombardements, pas assez d'équipement. Six des huit camions sont en panne. Et il n'y a tout simplement plus assez d'essence pour aller sur le terrain.

A Oslo, plus de 130 organisations soutiennent leur nomination

La situation des Casques blancs a attiré l'attention d'ONG, de citoyens et d'élus. Plus de 130 organisations se sont engagées pour que le Prix Nobel leur soit attribué, et une pétition en ce sens est en ligne. Et même Hollywood leur a rendu hommage dans un documentaire diffusé depuis le 16 sepembre sur Netflix.

Sur le terrain, l'annonce de cette nomination pour le Prix Nobel de la Paix est très importante pour lesCasques blancs. "C'est un honneur pour nous, explique Ismaël. On est vraiment fier, c'est quelque chose d'énorme. On attend avec impatience la délibération du jury. J’espère qu'on l'aura ce prix, ça va vraiment énerver Damas mais ça va montrer au monde entier ce qui se passe ici."

Damas et Moscou accusent les Casques blancs d'être liés à des groupes terroristes

Depuis que les Casques blancs sont sortis de l'anonymat, le pouvoir syrien fait tout pour les discréditer. On les accuse d'être des agents de la filiale d'Al-Qaida en Syrie. Les médias russes dénoncent leur propagande anti-Poutine. Et pourtant  les Casques blancs, eux, se disent neutres, apolitiques et impartiaux. En réalité, ils sont plutôt proches de la Coalition nationale syrienne qui regroupe l'opposition modérée. Ils sont soutenus financièrement par l'Agence américaine de développement. C'est ce que confirme Nagieb Khaja, grand reporter danois. Cette année, il a passé 12 jours en compagnie des Casques Blancs à Alep, et pour lui, ces accusations sont ridicules : "Les gens qui critiquent les Casques blancs ne sont jamais venus dans la partie rebelle de la Syrie. Dans cette zone, il y a plein de groupes différents: l'armée syrienne libre, les nationalistes, les islamistes comme Jabbat al-Nosra, la branche d'Al-Qaida. Et parce que ces groupes opèrent dans cette zone, on dit qu'ils sont liés... mais c'est absurde !"

Ces accusations contre les Casques blancs sont ridicules, elles servent juste à justifier qu'on tue des civils

Nagieb Khaja

Grand reporter danois

Pour Damas ce sont des terroristes, pour l’opposition des héros : le combat des Casques blancs en Syrie
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