Reportage "Les gens n'en peuvent plus" : à Jénine, "la petite Gaza", épicentre des tensions en Cisjordanie

La ville de Jénine, en Cisjordanie occupée, est le théâtre de violents affrontements entre des habitants et l'armée israélienne. Plus de 60 personnes y ont été tuées depuis le début de l'année.
Article rédigé par Alice Froussard - avec Alexandre Abergel
Radio France
Publié
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Un nouveau cimetière a été construit à Jénine, en Cisjordanie, quelques jours après le début du conflit entre le Hamas et Israël. (ALICE FROUSSARD / RADIOFRANCE)

Au moment où les regards du monde entier sont tournés vers Gaza, avec la question des otages et d'une possible opération terrestre, Israël mène un autre front de la guerre. Des combats ont régulièrement lieu au nord des Territoires palestiniens, en particulier à Jénine, surnommée "la petite Gaza". Car cette ville de Cisjordanie est un haut lieu de la résistance armée palestinienne, où l'armée israélienne effectue des incursions permanentes. Depuis le début de l’année, plus de 60 personnes ont été tuées, aussi bien des militants que des civils. 

Le cimetière "des martyrs du camp de réfugiés de Jénine" est devenu malgré lui un passage obligé. Des pierres tombales encore blanches sont posées au sol, avec des drapeaux palestiniens et des portraits de jeunes gens armés. Ismail, un jeune habitant du camp, nous fait visiter. Il l'assure : tout le monde, ici, vient pleurer un père, un frère, un cousin ou une connaissance.

"Je connais celui-ci, celui-là. Lui, nous étions dans la même équipe de foot, énumère Ismail. Ici, les Palestiniens sont en deuil permanent, surtout depuis deux ans. Il n'y a même plus de place pour que les martyrs soient enterrés. Alors un autre cimetière a dû être construit un peu plus bas." Certaines des tombes ont même été creusées en avance, pour anticiper.

Les obsèques de deux jeunes Palestiniens, tués dans un raid israélien en Cisjordanie. (WAHAJ BANI MOUFLEH / MIDDLE EAST IMAGES)

Ismail nous emmène ensuite dans les rues minuscules du camp de réfugiés. Partout, il y a les stigmates des raids précédents de l'armée israélienne, avec des impacts de balles sur les murs et des barrières de fortune pour empêcher l'entrée des blindés israéliens. "Cette route a été reconstruite. Pendant la dernière invasion, les bulldozers israéliens avaient détruit toutes les routes", se souvient Ismail. 

Le jeune homme avait quatre ans lors de la fameuse bataille de Jénine en 2002, contre le camp de réfugiés. Comme lui, toute une génération de Palestiniens n'a grandi qu'avec la violence et le désespoir. Il voit dans l'attaque du Hamas, le 7 octobre dernier, une réponse naturelle aux violations continues qu'ils subissent. Ces jeunes Palestiniens sont prêts à tout type de résistance, y compris par les armes. "Les gens n'en peuvent plus du chemin de la négociation, des manifestations non-violentes. Ils avaient besoin d'actes physiques. Ils s'attendent aussi à ce que d'autres fronts s'ouvrent pour la résistance, pour la libération", prévient Ismail. 

Quand tu encercles un peuple pendant des années et des années, qu'est-ce que tu attends de ce peuple ?

Najet, une habitante de Jénine

Najet, la tante d'Ismail, reçoit dans son salon et raconte les nombreuses nuits sans dormir à cause des tirs. Elle se rappelle du sort de sa voisine, 61 ans, tuée en janvier alors qu'elle regardait par sa fenêtre lors d'un raid. Najet se dit contre la mort des civils mais elle estime que les autorités israéliennes en sont responsables. "Quand tu encercles un peuple pendant des années et des années, qu'est-ce que tu attends de ce peuple qui est sous blocus ? C'est la même chose pour ceux de Jénine ou de la Cisjordanie. Israël, c'est l'occupant", soutient-elle, dans un français parfait. Mais aujourd'hui, Najet pense surtout à Gaza. Jénine, dit-elle, ce n'est rien à côté de ce qu'il se passe là-bas.

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