"On vit tout le temps avec le bruit des détonations" : une habitante d'un kibboutz près de Gaza décrit trois jours d'affrontements

Dans le kibboutz Zikim, les sirènes d'alertes ont régulièrement sonné, alors que la bande de Gaza toute proche a connu une nouvelle flambée de violence.

Tir de roquettes depuis la bande de Gaza, le 5 mai 2019.
Tir de roquettes depuis la bande de Gaza, le 5 mai 2019. (JACK GUEZ / AFP)

"Voilà ! Venez, venez, venez ! Vous voyez ? On n'a pas le temps !" En à peine 24 heures, c'est devenu un réflexe : quand Danielle Wortman entend l'alerte, elle fonce au fond de sa maison du kibboutz Zikim vers son petit abri anti-bombes, pour se tasser sur les deux matelas qui mangent presque tout l'espace. Elle y a passée toute la nuit, samedi, sans jamais vraiment dormir, jusqu'à ce que le calme revienne dans la bande de Gaza, à la faveur d'une trêve conclue entre les Palestiniens et Israël, lundi 6 mai

Il y a cinq secondes à peine entre l'alerte et les détonations, dit-elle. "Jusqu'à 3 heures du matin, j'étais réveillée. A 3 heures, je me suis dit tant pis. J'ai mis des boules Quies, j'ai pris un cachet, et je me suis endormie dans l'abri. Mais on entend tout." 

Collé contre Gaza, le kibboutz Zikim est une ligne de front. D'ici, on voit les traînées des roquettes ou des missiles du Dôme de fer, le dispositif de défense israélien. Ce sont les affrontements les plus meurtriers depuis des mois entre forces israéliennes et groupes armés palestiniens. Dimanche, la tension y a été très forte et les détonations répétées. Difficile à supporter malgré l'habitude, dit Danielle Wortman. "On est dans une tension permanente. C'est très difficile d'être tout le temps à la maison, on n'a pas le temps de courir jusqu'à l'abri... Et puis on vit tout le temps avec le bruit, là, tout autour."

"Beaucoup de familles sont parties"

Dans ce kibboutz à l'allure fantomatique, les rues sont désertées. On voit seulement passer une voiture de sécurité et un groupe de militaires. Des familles ont quitté les lieux dès le samedi matin pour mettre les enfants à l'abri. "Beaucoup de familles sont parties, raconte Danielle Wortman, les familles avec les jeunes enfants, dès que ça a commencé. En tout cas, les mamans : les papas eux sont restés pour travailler."

En milieu de soirée, dimanche, l'intensité des détonations a diminué. Dans le secteur, seules des cultures ont été endommagées. Un peu plus tard dans la nuit, on pouvait voir des dizaines de tanks se diriger vers Gaza, comme lors de la dernière montée de tension.

En trois jours, 23 Palestiniens et quatre Israéliens ont été tués. Les Palestiniens ont accepté un cessez-le-feu entré en vigueur lundi avant le lever du jour.

Le reportage d'Etienne Monin
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