Condamné en Norvège, un explorateur polaire français dénonce un "scandale politico-environnemental"

En pénétrant dans une réserve naturelle sur l'archipel du Svalbard, en octobre, Gilles Elkaim affirme avoir découvert un endroit pollué.

Gilles Elkaim pose devant son navire, \"Arktika\", en mer de Kara, au nord de la Russie, en 2014.
Gilles Elkaim pose devant son navire, "Arktika", en mer de Kara, au nord de la Russie, en 2014. (GILLES ELKAIM / FRANCEINFO)

Sale temps dans l'Arctique. Le chef d'une expédition maritime française, Gilles Elkaim, a été condamné par la justice norvégienne, mardi 21 mars, à une amende de 30 000 couronnes (3 241 euros). Il lui est reproché d'avoir enfreint, en octobre, les règles de l'archipel du Svalbard, en jetant l'ancre dans une réserve naturelle interdite.

Accompagné de son épouse, d'un membre d'équipage et de sept chiens de traîneau, l'explorateur polaire de 56 ans était alors en route vers l'océan glacial Arctique. Il faisait cap vers les îles de Nouvelle-Sibérie (Russie), où il devait piéger son voilier Arktika dans la banquise, avant de dériver pendant six mois et de rejoindre le pôle Nord en traîneau à chiens. "Une expédition jamais tentée auparavant, annonçait-il avant le départ, pour sensibiliser à la préservation de l'Arctique."

"Un cas de force majeure"

Le projet a vite pris une autre tournure. Gilles Elkaim explique à franceinfo avoir été "contraint" de s'abriter dans l'archipel norvégien du Svalbard en raison d'une panne et d'une "forte tempête""C'était un cas de force majeure, notre vie était en jeu", dit-il. Plaidant la "bonne foi", le chef d'expédition affirme avoir "averti" la gouverneure de l'archipel. Un élément contesté par les autorités, qui ont soulevé un "défaut de notification", ainsi qu'une "importation illégale de chiens".

L'explorateur reconnaît avoir posé le pied à terre dans une réserve naturelle, dans le nord de l'île de Nordaustlandet, malgré l'interdiction. "Nous voulions soulager nos chiens, stressés par la tempête, justifie-t-il. Surtout, en arrivant dans le fjord [de Duvefjorden], nous avons découvert un rivage pollué et des ours blancs affamés. Comment rester insensible ? Face à ce désastre, nous avons fait ce que tout explorateur aurait fait : ramasser les déchets."

Gilles Elkaim longe le rivage d\'une réserve naturelle de l\'archipel du Svalbard (Norvège), en octobre 2016.
Gilles Elkaim longe le rivage d'une réserve naturelle de l'archipel du Svalbard (Norvège), en octobre 2016. (GILLES ELKAIM / FRANCEINFO)

Des autorités accusées de "négligences"

La justice norvégienne ne l'a pas entendu de cette oreille et, outre l'amende, a condamné le Français à rembourser une partie des frais judiciaires de l'Etat norvégien, à hauteur de 10 000 couronnes (1 093 euros). Dénonçant un "déchaînement d'abus de pouvoir et de vices de procédure" et "un procès arrangé", Gilles Elkaim promet de faire appel.

L'accusé se fait même accusateur. Pour lui, "la gouverneure du Svalbard elle-même devrait être poursuivie". Il affirme avoir découvert, lors de son escale dans la réserve naturelle, des cadavres d'ours polaires, victimes, selon lui, du réchauffement climatique et de la pollution. Un "scandale politico-environnemental" qu'il attribue directement aux autorités locales, "négligentes".

Comment est-il possible qu'une zone dite 'protégée' le soit si peu ?Gilles Elkaimà franceinfo

Gilles Elkaim et sa femme Alexia Nezondet posent aux côtés d\'un ours mort, dans l\'archipel du Svalbard, en octobre 2016.
Gilles Elkaim et sa femme Alexia Nezondet posent aux côtés d'un ours mort, dans l'archipel du Svalbard, en octobre 2016. (GILLES ELKAIM / FRANCEINFO)

Le capitaine d'Arktika accuse les autorités du Svalbard de ne pas lutter contre la pollution et de "plaider la cause de l'environnement dans les discours" seulement pour "défendre la souveraineté de la Norvège sur le Svalbard". Il a lancé une pétition pour tenter d'interpeller la Première ministre norvégienne sur la situation des ours. Contactée par franceinfo, l'ambassade de Norvège en France a pris connaissance de ces accusations et se réserve le droit d'y répondre. 

"L'Arctique n'est plus une terre de liberté"

"Pour nous, explorateurs, l'Arctique n'est plus ce qu'elle représentait, une terre de liberté, se désole Gilles Elkaim. C'est devenu une terre d'enjeux économiques, pétroliers et stratégiques, très disputée, notamment par la Russie qui n'est qu'à 30 milles de là."

Quel avenir à présent pour l'expédition, qui devait durer deux ans ? "C'est encore confus, reconnaît le Français. Mon but serait de repartir au printemps. Je n'ai pas trouvé la beauté polaire que je recherchais, mais je crois que ce qui nous arrive nous place au cœur de l'expédition, qui visait à attirer l'attention de l'opinion sur la préservation de l'environnement."