Un ex-site Total au Yémen utilisé comme prison : des députés dénoncent "des actes de torture" et exigent des explications au gouvernement français

Une cinquantaine de députés français, dont Hubert Julien-Laferrière, interpellent le gouvernement français sur le site gazier de Balhaf, au Yémen, transformé en centre de détention.

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Radio France
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Le site gazier de Balhaf (Yémen), exploité par une filiale de Total, en 2010. (MOHAMMED HUWAIS / AFP)

Cinquante et un parlementaires français ont interpellé vendredi 11 décembre le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Dans une lettre ouverte, ils demandent des explications sur une ancienne usine Total, située au Yémen, qui serait devenue une prison. Le site de Balhaf a été exploité jusqu'en 2015 par une société dont Total est actionnaire. Il est depuis utilisé par les Emirats arabes unis comme centre de détention et d'interrogatoires, selon trois ONG, l’Observatoire des armements, SumOfUs et les Amis de la Terre. "Il y a des actes de torture sur ce site" affirme sur franceinfo le député Hubert Julien-Laferrière, député non inscrit de la deuxième circonscription du Rhône. Il fait partie des signataires de la lettre ouverte au gouvernement.

franceinfo : Pourquoi cette lettre, qu'attendez-vous du ministre des Affaires étrangères ?

Hubert Julien-Laferrière : J'attends qu'il demande des explications aux Emirats arabes unis et son armée qui occupent ce site. Officiellement, c'est le gouvernement yéménite qui a réquisitionné cet endroit, mais en réalité, c'est bien l'armée des Emirats arabes unis qui occupe ce site. Total est actionnaire de cette usine à près de 40%. On sait grâce à un rapport de l'ONU qu'il y a des actes de torture sur ce site. Il est essentiel que le gouvernement demande des explications à Total, et surtout au gouvernement des Emirats avec lequel, depuis dix ans, la France a une relation plutôt plutot forte. Cette relation s'est fortifiée : nos exportations d'armes n'ont fait qu'augmenter vers les Émirats arabes unis.

Total a reçu une garantie de crédit pour ce projet gazier, 216 millions d'euros. Est-ce que c'est de l'argent qui se transforme en prison ?

C'est un vrai sujet. Il y a eu un soutien, une garantie crédit, donc de l'argent public au moment de la création de ce site. Or, dans la mesure où ce site gazier devient une base pour les Emirats arabes unis, où se pratique la torture de prisonniers, je crois que le minimum, c'est que le gouvernement français demande des explications. Dans un rapport des Nations Unies en 2019, beaucoup d'ONG attestaient de ces tortures. D'ailleurs, à l'époque, mes collègues, Alain David (PS), Clémentine Autain (LFI) ou encore Sébastien Nadot (ex-LREM) s'en étaient inquiété auprès du ministre, certains avaient demandé une commission d'enquête.

A l'époque, Florence Parly avait répondu qu'elle n'avait pas d'informations sur le rôle de Total dans cette histoire. Pourquoi cela aurait-il changé ?

Ce qui est clair, c'est que rien n'a changé, justement, et c'est bien le problème. Je crois que la moindre des choses serait que le gouvernement demande à la fois des comptes à l'ambassadeur des Emirats arabes unis à Paris et au gouvernement du Yémen, parce qu'il n'est pas normal qu'un site dont une entreprise française est actionnaire principale, qui a bénéficié d'argent public via une garantie de crédit, profite aujourd'hui à une armée qui commet vraisemblablement des crimes de guerre et qui, en tout cas, pratique la torture sur ce site. C'est un Guantanamo, voilà ce que disent les ONG.

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