Mayotte a "un demi-siècle de retard par rapport à la métropole"

Olivier Sudrie, économiste au cabinet CME spécialiste des Outre-mer, a expliqué lundi sur franceinfo le paradoxe économique à Mayotte, plus pauvre que la moyenne nationale mais aussi très riche dans son environnement régional et notamment par rapport aux Comores. Une richesse relative qui attire des flux de migrants.

Des personnes participent à un barrage routier, le 9 mars 2018 près de Koungou à Mayotte, dans le cadre d\'un mouvement pour protester contre l\'insécurité et le manque de développement.
Des personnes participent à un barrage routier, le 9 mars 2018 près de Koungou à Mayotte, dans le cadre d'un mouvement pour protester contre l'insécurité et le manque de développement. (ORNELLA LAMBERTI / AFP)

"Il y a un retard historique" à Mayotte, a expliqué Olivier Sudrie, économiste au cabinet CME spécialiste des Outre-mer, lundi 12 mars sur franceinfo, alors que la ministre des Outre-mer, Annick Girardin est en déplacement sur l'île pour tenter de trouver une issue au mouvement de contestation contre l'insécurité qui entame sa quatrième semaine. Une crise de fond pour Olivier Sudrie qui estime que Mayotte "c'est un demi-siècle de retard par rapport à la métropole".

franceinfo : De quoi se nourrissent ces problèmes de sécurité à Mayotte ?

Olivier Sudrie : Mayotte est à la fois très pauvre et très riche. Très pauvre, quand on compare la situation de ce département avec le reste de la métropole. On est quatre fois plus pauvre à Mayotte que la moyenne nationale, c'est donc clairement un département pauvre. Mais Mayotte est aussi très riche dans son environnement régional et notamment par rapport aux Comores. C'est cette richesse relative de Mayotte qui attire des flux de migrants. Mayotte se retrouve effectivement dans une situation délicate en matière de migration internationale.

L'État a-t-il pris la mesure du phénomène quand Mayotte est devenue un département français en mars 2011 ?

Ce n'est pas spécifique à Mayotte. Les populations ont l'habitude de se déplacer suivant les gradations de revenus, de quitter des zones pauvres pour aller vers des zones riches. On avait peut-être mal mesuré ce phénomène. Aujourd'hui, dans la situation très tendue à Mayotte, on a l'impression que se développe un quart-monde au sein du tiers-monde.

Comment se fait-il que l'on soit à ce niveau de pauvreté dans un département français ?

Il y a un retard historique. Mayotte, c'est un demi-siècle de retard par rapport à la métropole qu'elle a rejoint de par son statut de département. Mais plus les transferts de fonds pour accélérer le développement sont importants, plus Mayotte attire. On a donc le sentiment, et la population le voit bien, qu'on n'y arrivera jamais. Parce que chaque petite étape supplémentaire vers le développement est gommée par les pressions migratoires.

Quelle est la priorité aujourd'hui pour Mayotte ?

Il ne peut pas y avoir de développement sans sécurité. Aujourd'hui, la priorité est vraiment la sécurité. Il faut que ce département marche sur ses deux jambes, il ne faut pas baisser la garde et continuer à favoriser le développement outre-mer, notamment au travers de transferts publics de solidarité. Mais, je crois qu'il faut s'occuper en priorité rouge des problèmes de sécurité et pas simplement envoyer quelques renforts qui, dans trois semaines à un mois, repartiront vers la métropole.

Y a-t-il un problème de démographie à Mayotte ?

Ce problème, il faudra du temps pour le régler. On est encore dans une situation où il n'est pas rare de voir huit enfants par femme. Cet ancien régime démographique [va évoluer] au fur et à mesure que le niveau de vie va s'élever. Les jeunes Mahoraises auront quatre, puis deux enfants et on se normalisera, mais ceci prendra encore beaucoup de temps.