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Manifestations en Turquie : les femmes en première ligne

La Turquie entame son dixième jour de manifestations hostiles au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Samedi soir, la police a violemment dispersé une manifestation à Ankara. A Istanbul par contre, le calme règne même si la place Taksim ne désemplit pas. Au cœur de ce mouvement, les femmes sont très actives, elles craignent de voir leur position sociale se dégrader.
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Radio France
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 (Osman Orsal Reuters)

Des dizaines de milliers de personnes ont encore manifesté samedi en Turquie, malgré les appels au calme lancés par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui a annoncé qu'ils rencontreraient des manifestants mercredi prochain. A Ankara samedi, environ 5.000 manifestants ont été violemment dispersés par la police, à grand renfort de gaz lacrymogène, après avoir bloqué le trafic. Selon les médias locaux, plusieurs personnes ont été blessées.

Dimanche le Premier ministre a appelé ses électeurs à donner "une leçon " aux manifestants lors des prochaines élections muncipales de mars 2014, utilisant de nouveau le terme de "vandales " ou d'"anarchistes " pour désigner les protestataires.

Deux photos devenues symboles

Parmi ces protestataires, deux femmes sont devenues des icones  : la "femme en rouge", pacifique militante qui se fait asperger de gaz lacrymogème (photo ci-dessus), et la femme aux bras en croix face aux blindés qui l'arrosent avec des canons à eau (photo ci-dessous).

Depuis une semaine, ces images ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux, elles ont également été reprises sous forme de graffitis, d'affiches ou d'autocollants. "Plus vous nous aspergez, plus nous sommes forts ", dit notamment un slogan.

Ces deux femmes incarnent l'esprit du mouvement, un peu malgré elles semble-t-il, Le Guardian rapporte notamment que la "femme en rouge" ne souhaitait pas ainsi être mise en avant, "il y avait beaucoup d'autres gens sur cette place ", a -t-elle confié brièvement aux médias turcs.

Mais ces deux photos sont au moins le symbole d'une contestation qui se veut non violente, estime cette manifestante de la première heure rencontrée place Taksim par l'envoyé spécial de France Info : "D eux femmes belles, fragiles mais solides, qui résistent bien, car normalement pour notre culture attaquer une femme c'est quelque chose de grave ".

Le gouvernement "essaie de nous remettre à la maison. Il y a deux ans c'était un ministère de la Femme, maintenant c'est le ministère de la Famille"

Les femmes sont très présentes dans les cortèges, depuis le début de la mobilisation il y a dix jours, car elles sont convaincues d'avoir beaucoup à perdre dans la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. "L es femmes ont été très oppressées par ce gouvernement, parce qu'il essaie de nous remettre à la maison ", explique une des membres du collectif féministe d'Istanbul. "Il y a deux ans on avait un ministère de la Femme, maintenant c'est le ministère de la Famille. Et puis ils ont essayé de rendre l'avortement illégal, et dans les faits c'est très difficile, les hôpitaux répondent qu'ils n'en font pas ", raconte-t-elle.

Sous le même stand, frappé d'un ironique fer à repasser, une femme sociologue explique qu'elle n'a toujours pas digéré le conseil donné par le Premier ministre aux femmes turques : avoir au moins trois enfants.  La promotion du foulard islamique ou la nouvelle loi sur l'avortement sont pour elles le signe que le Premier ministre, issu du parti islamiste modéré AKP (Parti de la Justice et du Développement), a l'intention de remettre en cause les droits des femmes.

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