La CIA reconnaît avoir orchestré le coup d'Etat contre le Premier ministre iranien en 1953

Des documents récemment déclassifiés confirment le rôle des Etats-Unis dans la destitution de Mohamed Mossadegh.

En 1953, la destitution du Premier ministre Mohamed Mossadegh a provoqué des émeutes à Téhéran, en Iran.
En 1953, la destitution du Premier ministre Mohamed Mossadegh a provoqué des émeutes à Téhéran, en Iran. (AFP FILES-INTERCONTINENTALE)

Les documents internes de la CIA récemment déclassifiés et publiés lundi 19 août apportent leur lot de révélations. On y apprend notamment que c'est bien l'agence de renseignement des Etats-Unis qui a orchestré le coup d'Etat contre le Premier ministre iranien Mohamed Mossadegh, renversé le 18 août 1953.

Mohamed Mossadegh avait nationalisé en 1951 l'Anglo-Iranian Oil Company, provoquant l'ire de Londres (Royaume-Uni). Deux ans plus tard, le président américain Dwight Eisenhower succédant à Harry Truman, a décidé de réagir face aux doléances britanniques. "Le coup d'Etat militaire qui a renversé Mossadegh et son cabinet de Front national a été mené sous la direction de la CIA dans un acte de politique étrangère", indique l'agence dans l'un des documents datant des années 70.

Les dossiers déclassifiés montrent que la CIA comprenait les raisons du positionnement de Mossadegh, loin de l'image de "fou" sénile véhiculée par les médias occidentaux. Les hommes politiques et responsables d'entreprises britanniques manquaient de respect pour les Iraniens. Ils les jugeaient "inefficaces, corrompus et servant leurs propres intérêts", affirme même la CIA.

Un secret de Polichinelle

Mais l'agence justifie son action par les contingences de la guerre froide. Les Etats-Unis craignaient que les Soviétiques n'envahissent et ne prennent le pouvoir à Téhéran si Londres envoyait ses navires de guerre. Le chah Mohammad Reza Pahlavi a été mis sur le trône et est devenu un proche allié de Washington, jusqu'à son renversement lors de la révolution islamique de 1979.

Le rôle de l'agence américaine de renseignement était un secret de Polichinelle depuis des années, mais il hante toujours les relations entre les Etats-Unis et l'Iran. En 2000, la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, pour tenter d'améliorer les relations avec Téhéran, avait reconnu que les Etats-Unis avaient "joué un rôle significatif" dans le renversement de Mossadegh et que le coup d'Etat avait constitué un "revers pour le développement politique de l'Iran". Le président Barack Obama avait exprimé une position similaire après sa prise de fonctions.