L'immolation par le feu : forme ultime de la contestation politique

Le dernier suicide en date d'un moine tibétain en Chine remonte à ce jeudi, c'est le onzième dans le pays depuis le mois de mars. Les moines et nonnes tibétains protestent contre l'attitude des autorités chinoises à l'égard de leur culture et de leur religion.

(Malcolm Browne AP)

La tentative de suicide du moine Tenzin Phuntsog serait la première du genre dans la "région autonome" du Tibet, encore plus surveillée. C'est la 11e d'un moine ou d'une nonne bouddhiste depuis le mois de mars dans plusieurs régions chinoises ou au Népal, au moins six d'entre elles ont été mortelles.

L'immolation par le feu devient le mode de protestation privilégié des religieux tibétains pour dénoncer l'attitude du pouvoir chinois à l'égard de leur culture. "C'est le seul moyen qu'ils ont pour retenir l'attention du monde" pour la poétesse tibétaine Tsering Woeser.

Selon l'association Students for Free Tibet basée aux Etats-Unis, ce geste "montre non seulement le désespoir mais aussi la détermination des Tibétains prêts à lutter pour leur liberté quel que soit le coût" explique le directeur de l'ONG, Tenzin Dorjee.

L'immolation par le feu : un geste politique

Il existe des précédents même en Europe, en 1969 le Tchèque Jan Palach se suicide à Prague pour protester contre l'invasion des troupes soviétiques. Dans les années 1960, plusieurs bonzes vietnamiens "se sacrifient" de la sorte (du latin immolare , s'offrir en sacrifice) pour montrer leur opposition à la dictature sud-vietnamienne pro-américaine.

L'immolation par le feu "est un fait 100% politique et contestataire avant tout" précise Barah Mikaïl, ancien directeur de l’Observatoire Géopolitique du Religieux de l’Iris-France, "c'est un acte qui est toujours public" . Un acte politique repris le 17 décembre 2010 par un jeune Tunisien, Mohammed Bouazizi, et qui lancera la vague des révolutions arabes.

Le modèle de l'immolation par le feu s'exporte ensuite dans le reste du Maghreb. L'exemple de Mohammed Bouazizi est suivi en Egypte, au Maroc, en Algérie ou encore en Mauritanie. Une pratique d'ailleurs condamnée par le Coran — et toutes les religions monothéistes — qui dit que "quiconque se tue par un moyen, sera torturé le jour de la résurrection par le même moyen" .