L'Etat islamique en Irak et au Levant : le nouvel Al Qaïda ?

Les membres de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) avance rapidement vers la capitale, ils sont maintenant à moins de 100 km. Qui sont-il ? Combien sont-ils ? Que prônent-ils ?

(Ils seraient 4 à 5.000 en Irak, le double en Syrie © REUTERS)

Jeudi les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ne sont plus qu'à 90 km au nord de la capitale irakienne, après s'être emparés de Dhoulouiya, selon un policier et des habitants. Mercredi ils ont pris Tikrit, la ville natale de l'ex-dictateur Saddam Hussein, la veille ils s'étaient emparés de Mossoul, la deuxième ville du pays. Leur but : mettre la main sur la capitale Bagdad. 

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A leur tête depuis 2010 : Abou Bakr al Baghdadi, figure montante du djihad mondial. L'homme reste à bien des égards un mystère, disent les combattants islamistes qui l'ont côtoyé, mais il est mû par une volonté implacable de fonder un Etat à la gloire de l'Islam radical. Certains voient en lui le successeur d'Oussama ben Laden, alors que l'EIIL est en fait une branche dissidente d'Al Qaïda. Les Etats-Unis ont promis dix millions de dollars pour toute information conduisant à sa capture.

Principale caractéristique : la haine des chiites

Les membres de l'Etat islamique en Irak et au Levant ont en fait commencé leur mobilisation très tôt : "depuis le début de l'intervention américaine, dès 2013, très vite, il y a eu chez les sunnites l'organisation d'une résistance ", explique sur France Info Gérard Chaliand, spécialiste de l'étude des conflits armés notamment dans cette partie du monde. "Pourquoi ? Parce qu'ils sont en quelque sorte dépossédés d'un pouvoir qui à leurs yeux leur a toujours appartenu ", ajoute-t-il. "Le pouvoir revient, ou va revenir à des chiites majoritaires, qu'ils considèrent comme des hérétiques, et va revenir à des kurdes qu'ils ont combattu pendant un demi-siècle et qui ne sont pas même arabes ", poursuit le spécialiste.

 

"Leur vision est donc une vision de dépossession" du pouvoir

 

Depuis 2003, ils se sont radicalisés. Ce mouvement séduit la communauté sunnite d'Irak, marginalisée, dévalorisée par le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki. Il séduit aussi d'anciens officiers ou espions de Saddam Hussein, démobilisés par les Américains. "Dans le Nord, à forte présence sunnite, ils l'emportent sans trop de difficulté. Mais quand on arrive à Bagdad, on arrive dans la zone qui commence à être lourdement chiite, à 60%, et les chiites ne vont pas se laisser déposséder d'un pouvoir qu'ils occupent depuis peu de temps, et qui si il leur échappait, signifierait pour eux la soumission, voire le massacre ", ajoute sur France Info Gérard Chaliand, spécialiste de l'étude des conflits armés.

 

Gérard Chaliand, spécialiste de l'étude des conflits armés, répond à Raphaêlle Duchemin sur France Info
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En Irak, mais aussi en Syrie

Les membres de ce mouvement radical sunnite seraient entre 4 et 5.000 en Irak, le double en Syrie, car ils contrôlent aussi en partie le nord de la Syrie. C'est d'ailleurs un sujet de conflit avec les autre rebelles djihadistes. Le numéro 1 d'Al-Qaïda, Ayman al Zaouahri, appelle l'EIIL à laisser la Syrie au Front al Nosra, branche d'Al-Qaïda. Mais le chef de l'EIIL, Abou Bakr al Baghdadi, a étendu au contraire ses opérations dans les parties nord et est de la Syrie en 2012 et 2013, affrontant parfois l'armée syrienne, mais plus souvent les autres rebelles.

Le successeur d'Al Qaïda ?

L'attitude impitoyable de l'EIIL envers les Syriens ordinaires lui vaut de se faire beaucoup d'ennemis. Et, fin 2013, le Front al Nosra et d'autres brigades islamistes se liguent contre lui, l'obligeant à se replier dans son fief, le long de l'Euphrate, dans les déserts pétrolifères de l'Est syrien. Ce repli n'affaiblit pas l'EIIL. Au contraire. Il asseoit son contrôle sur la ville de Rakka, seule capitale provinciale syrienne totalement hors du contrôle de Bachar al Assad. La loi islamique y est désormais en vigueur.

 

Pour ses partisans, Baghdadi représente la nouvelle génération de combattants venue remplir la prochaine étape du projet d'Oussama ben Laden, transformer Al Qaïda en un véritable Etat. D'autres vont plus loin : avec l'Etat islamique en Irak et au Levant, Al Qaïda n'a plus lieu d'être.

Très armés et riches

Ces djihadistes sont très bien armés, de l'artillerie lourde, même de l'anti-aérien, beaucoup de pick-ups, de véhicules, du matériel pris à l'armée régulière irakienne, qui elle reçoit des livraisons des Américains. Parmi leurs armes également : l'enroulement de combattants étrangers, notamment européens ou américains.

 

Le pétrole vendu au marché noir permet d'engranger des millions de dollars, disent les rebelles. Si l'on y ajoute les armes et l'argent saisis lors de la prise de la ville irakienne de Mossoul mardi, l'Etat islamique en Irak et au Levant dispose désormais de vastes ressources.