Irak : Mossoul serait tombée "sans résistance" (envoyés spéciaux)

REPORTAGE | Les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant continuent à progresser rapidement vers la capitale irakienne. La ville de Mossoul serait tombée sans résistance précise l'envoyé spécial de France Info Etienne Monin. Le Conseil de sécurité de l'Onu doit se réunir jeudi.

(Des djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) à l'entrée de Mossoul © REUTERS)

L'envoyé spécial de France Info est arrivé en Irak jeudi, à Erbil, alors que les djihadistes poursuivent leur offensive éclair vers Bagdad. Ils sont dorénavant à 90 km au nord de la capitale irakienne, après s'être emparés de Dhoulouiya, selon un policier et des habitants. Mercredi ils ont pris Tikrit, la ville natale de l'ex-dictateur Saddam Hussein, la veille ils s'étaient emparés de Mossoul, la deuxième ville du pays. Les membres de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), ce mouvement radical sunnite, seraient entre 4 et 5.000 en Irak, le double en Syrie, car ils contrôlent aussi en partie le nord de la Syrie. Et ils sont très bien armés.

L'envoyé spécial de France Info Etienne Monin, accompagné de Gilles Gallinaro, estime que l'EIIL "semble vouloir s'installer sur Mossoul, c'est une situation qui doit durer dans le temps. En tout cas, ce que disent les premiers témoins qui arrivent de cette ville, c'est que les djihadistes parlent avec les habitants pour essayer de les faire passer dans leur camp. Et qu'ils sont bien organisés, nombreux et qu'il n'y aurait pas eu de coups de feu depuis vendredi. Mossoul serait tombée pratiquement sans résistance. L'armée a laissé entrer les soldats de EIIL"

Ce qui ne serait pas le cas à Erbil, si la capitale du Kurdistan irakien était elle aussi menacée : "Les Kurdes ne sont pas inquiets, ils tiennent les frontières de leur secteur et ne comptent pas se laisser marcher dessus par les djihadistes".

L'envoyé spécial de France Info est à Erbil, en Irak : il décrit la situation sur place
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L'aviation irakienne bombarde Mossoul 

Le gouvernement irakien avait laissé 40 heures aux islamistes pour quitter Mossoul, sans quoi ils bombarderaient la ville. C'est chose faite jeudi : selon l'agence de presse Reuters, l'aviation irakienne a bombardé des positions des djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) dans et aux abords de Mossoul.

L'armée irakienne a également lancé des raids aériens sur des positions tenues par les djihadistes dans le centre de Tikrit, ont rapporté des témoins à l'AFP.

La fuite des civiles inquiète l'Onu

"Le flot des réfugiés s'est tari dans le secteur d'Erbil"  affirme Etienne Monin. "On a compté ces derniers jours 500.000 personnes qui ont fuit Mossoul depuis vendredi, mais ils sont répartis sur plusieurs sites. Des camps pourraient être ouverts pour leur apporter de l'aide ". 

Le REPORTAGE de notre envoyé spécial sur la route entre Erbil et Mossoul
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Cette fuite des civils inquiète l'Onu. "Les besoins sont immenses. La plupart des gens sont partis avec très peu de choses, sont démunis de tout, la chaleur est très forte en ce moment en Irak, ils sont sur les routes pendant des journées... ", explique Eliana Nabaa, la porte parole de l'UNAMI, la mission des Nations Unies en Irak. Le gouvernement britannique a envoyé jeudi une équipe humanitaire sur place. 

Eliana Nabaa, la porte parole de l'UNAMI, la mission des Nations Unies en Irak
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(Des voitures des forces de l'ordre irakiennes incendiées à Mossoul © Reuters)

L'armée kurde irakienne contrôle Kirkouk

Le gouvernement irakien assure que les forces kurdes irakiennes ont pris le contrôle jeudi de la ville pétrolière de Kirkouk, afin de la protéger des islamistes. C'est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement cette ville multiethnique située à 240 km au nord de Bagdad, où normalement la sécurité est assurée par une force de police conjointe formée d'éléments arabes, kurdes et turkmènes.

Dans le même temps, jeudi, le ministre chargé des Peshmergas, les forces de sécurité du Kurdistan irakien autonome, a échappé à un attentat visant son convoi dans cette province de Kirkouk. 

Les Etats-Unis envisagent des frappes

Le Parlement irakien devait se réunir jeudi et proclamer l'état d'urgence mais cela a été impossible faute de quorum.  La plupart des élus ayant boycotté cette séance sont issus des rangs sunnites et kurdes, qui refusent d'accorder des pouvoirs extraordinaires au Premier ministre chiite Nouri al Maliki.

L'ambassadeur d'Irak en France, Fareed Yassine, a demandé ce midi sur France Inter un soutien militaire de la part des grandes puissances
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L'ambassadeur d'Irak en France a demandé jeudi aux grandes puissances un soutien militaire, à quelques heures d'un Conseil de sécurité de l'Onu consacré à la situation en Irak. En vue d'enrayer l'offensive, les Etats-Unis qui ont retiré fin 2011 leurs troupes d'Irak après huit ans d'engagement, envisagent plusieurs options pour aider Bagdad, dont des frappes menées par des drones, selon un responsable américain.

(Les villes et zones contrôlées par les djihadistes en Irak et en Syrie © Idé)