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Scandale Olympus au Japon: le patron étranger se heurte au mur des traditions

Le directeur général d'Olympus, le Britannique Michael Woodford, 51 ans, a révélé le 14 octobre 2011 que l'entreprise d'appareils photos et d'endoscopes avait dissimulé une perte de 1,3 milliards d'euros due à des investissements risqués. Viré du jour au lendemain, il n'a pu retrouver son poste en raison des traditions japonaises de non-transparence régnant dans le monde des sociétés.
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Michael Woodford, ex-directeur général d'Olympus, lors d'une conférence de presse, à Tokyo, le 5/01/2012 (AFP PHOTO / Yoshikazu TSUNO / FILES )

Placements immobiliers à risque
Les ennuis d’Olympus ont commencé par des pertes cachées, dues à des placements hasardeux dans l’immobilier lors de la période de la bulle financière (1985-1989). Entre 2006 et 2008, Olympus a acquis trois entreprises déficitaires, payées à prix d’or, hors de son périmètre d’activités, une entreprise de cosmétiques, une de récipients pour fours à micro-ondes et une fabrique de cosmétiques. Lors de ces achats à des fonds d’investissements douteux, des honoraires extraordinaires ont été versés à des sociétés de conseil financier. Ainsi 515 millions ont été enregistrés aux îles Cayman pour l’achat du groupe d’instruments chirurgicaux anglais Cyrus, en 2007. Pour la justice, les pactoles ont servi à camoufler les pertes massives du groupe.

Depuis ces révélations, le cours de bourse d’Olympus a perdu quelque 60% en bourse alors que la société cherche un investisseur.

Le maquillage des pertes d'Olympus

L’affaire a éclaboussé un des symboles de l’économie japonaise. Deux des ex-dirigeants ont démissionné et le groupe japonais entame des poursuites contre une vingtaine de dirigeants anciens et actuels, accusés d’avoir maquillé les comptes. Il réclame également près d’un milliard de dollars de dommages à ces responsables. Point rassurant, le crime organisé n’a joué aucun rôle dans le gigantesque maquillage financier, selon des experts indépendants d’une commission d’enquête. Un doute subsiste cependant car les enquêteurs ont été nommés par la direction d’Olympus. Le titre est pour l’heure sous surveillance en vue d’un possible retrait de la cote alors que plusieurs enquêtes, ont une du FBI, ont démarré. 

L'homme qui dérange le système
Le scandale a été découvert par le "gaijin" - étranger en japonais - Michael Woodford. Cette révélation a choqué le gotha du monde des affaires qui craint que le scandale ne jette l’opprobre sur l’ensemble du secteur industriel du pays. Mais les actionnaires et les salariés d’Olympus ont félicité le Monsieur propre britannique et la presse a été galvanisée. Mais Woodford n'a pas été suivi dans sa croisade. La banque Sumitomo Mitsui Financial Group (SMFG), principale banque créancière du groupe n’a pas eu un mot de soutien à son égard.

«J’ai été viré (…) pour avoir fait ce qui était juste, et eux (la direction actuelle) sont toujours là», a dit Michael Woodford. Le peu de réactions positives suscitées par l’attitude de M.Woodford vient des profondeurs de la société japonaise. En effet «Dans la culture japonaise, la transparence est une non-valeur. Cette société se cimente grâce à un consensus très fort» ce qui nécessite le maintien de zones d’ombre, indique dans un blog du Monde, le consultant, Serge Airaudi, spécialiste de la société japonaise. De même, Fuskushima a montré la difficulté à parler des problèmes, quitte à ce que ceux-ci prennent de l’ampleur. Le Japon échappe à certaines règles de la mondialisation court-circuitée par les réflexes traditionnels.

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