Quatre questions sur la nouvelle crise politique qui secoue l'Italie après l'annonce choc de Matteo Salvini

Le ministre de l'Intérieur italien a annoncé sa volonté de mettre fin à la coalition gouvernementale avec le Mouvement 5 étoiles en réclamant jeudi des élections législatives anticipées. Le pays, encore une fois, s'apprête à traverser une crise politique.

Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et Matteo Salvini (la Ligue) au palais du Quirinal après la formation de leur gouvernement de coalition, le 1er juin 2018 à Rome.
Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et Matteo Salvini (la Ligue) au palais du Quirinal après la formation de leur gouvernement de coalition, le 1er juin 2018 à Rome. (TONY GENTILE / REUTERS)

Conforté par des sondages au beau fixe, Matteo Salvini a mis le feu aux poudres,  jeudi 8 août, et signifié la fin de la coalition au pouvoir en Italie depuis quatorze mois. Le chef de file de la Ligue, homme fort du gouvernement italien, a réclamé la tenue d'élections législatives anticipées, à la surprise générale et au grand dam de son partenaire, le Mouvement 5 étoiles (M5S). "Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité, a exigé le ministre de l'Intérieur dans un communiqué, estimant qu'il fallait restituer "rapidement la parole aux électeurs".

Pourquoi Matteo Salvini a-t-il sifflé la fin de la partie ?

Matteo Salvini martelait encore très récemment que l'alliance formée avec le M5S de Luigi Di Maio irait au terme de sa législature, débutée le 1er juin 2018. Le dirigeant de la Ligue a visiblement changé son fusil d'épaule. Après une rencontre à Rome avec le président du Conseil, Giuseppe Conte, il a même lancé sa campagne électorale sur le front de mer de Pescara : "Si je suis candidat à la présidence du Conseil ? C'est certain. Qui choisit Salvini sait ce qu'il choisit."

En réalité, il n'y a jamais eu de véritable lune de miel entre les deux formations de la coalition et les désaccords ont rapidement éclaté au grand jour. Le M5S avait d'abord remporté un premier bras de fer ("décret-loi dignité" contre le travail précaire, en août 2018), avant de perdre pied face à son partenaire et de se disputer avec lui sur à peu près tous les sujets, de la TVA à la légitime défense en passant par les Jeux olympiques d'hiver, les vaccins ou le cannabis. Surtout, la question des migrants a été rapidement confisquée par Matteo Salvini aux dépens de Danilo Toninelli et Elisabetta Trenta (M5S), respectivement ministres des Transports et de la Défense.

Mais le coup de grâce a été porté mercredi 7 août au Sénat, lors du dernier vote de la session parlementaire sur la question de la ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin, un dossier symbolique pour le M5S qui s'est toujours battu contre ce projet. La formation populiste s'est retrouvée seule à voter la motion, tandis que la Ligue a apporté son soutien à deux motions de l'opposition en faveur du projet.

"L'Italie ne peut plus tolérer les 'non', nous avons besoin de 'oui', nous devons débloquer les choses, construire, travailler. Ça suffit, nous devons aller à des élections", a déclaré Matteo Salvini à la presse à l'issue d'un rassemblement à Pescara. Le couac de trop pour cette alliance sans éclat ni constance. Mais aussi l'occasion de méditer sur ces mots prononcés en novembre dernier par Silvio Berlusconi : "Vous verrez, le gouvernement tombera sur [la question de] la LGV".

Comment réagit le M5S ?

La mésentente au sein de l'exécutif était chaque semaine plus manifeste. Tout juste rentré de la plage, le patron de la Ligue a tout de même pris de court la classe politique italienne. "Nous sommes prêts, nous n'avons jamais accordé la moindre importance au fait d'occuper des postes gouvernementaux", a réagi une demi-heure plus tard son principal partenaire, Luigi Di Maio, tout en réclamant de conserver le vote sur la réduction du nombre de parlementaires avant d'organiser un nouveau scrutin. "Ce n'est pas du ressort du ministre de l'Intérieur de convoquer le Parlement, ce n'est pas à lui de dicter les étapes de la crise politique", a dénoncé pour sa part le président du Conseil, Giuseppe Conte.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Selon l'agence AGI, le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour acter la chute du gouvernement et le Parlement pourrait être dissous quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient alors être convoquées dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne. Matteo Salvini vise des élections anticipées pendant la seconde moitié du mois d'octobre, par exemple le dimanche 13 octobre, selon les informations du Corriere della Sera (en italien). Mais d'autres dates sont déjà évoquées pour le scrutin, y compris jusqu'en novembre.

La grande inconnue reste la réaction du chef de l'Etat, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques, avant de convoquer un nouveau scrutin. Mais le président de la République est notoirement opposé à des élections à l'automne. En effet, à cette période, le gouvernement doit préparer le budget de l'année prochaine, en discuter avec Bruxelles et le présenter pour adoption au Parlement. L'une des solutions pourrait être d'opter pour un cabinet composé de technocrates.

Un gouvernement sortant, expédiant simplement les affaires courantes, n'aurait toutefois pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles et cette situation pourrait nuire à l'Italie sur les marchés. Le pays n'a d'ailleurs jamais organisé d'élections en automne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quels scénarios en cas d'élections ?

Ce gouvernement de coalition est né après la probante victoire du M5S aux législatives du 4 mars 2018. La formation de Luigi Di Maio avait alors recueilli 32% des voix quand la Ligue n'avait récolté que 17,6% des votes. Mais il n'aura fallu que quelques mois à Matteo Salvini pour renverser le rapport de force. Son parti est désormais crédité de plus de 35% des intentions de vote, selon les différents sondages, quand le M5S est retombé autour de 17%.

L'agence Agi et l'institut YouTrend ont déjà formulé plusieurs hypothèses en se basant sur les dernières enquêtes d'opinion. Ainsi, une coalition de droite (Ligue, Fratelli d'Italia et Forza Italia) pourrait obtenir autour de 415 des 630 sièges de l'Assemblée, tandis que la Ligue seule en obtiendrait autour de 280. Une alliance avec la formation néo-fasciste Fratelli d'Italia pourrait représenter une piste pour Matteo Salvini, avec des prévisions situées autour de 350 sièges. Le M5S pourrait, lui, glaner entre 80 et 100 sièges, contre 228 aujourd'hui.