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Procès "Mafia capitale" : l'emprise de la mafia à Rome en trois anecdotes

Quarante-six accusés comparaissent dans ce procès-fleuve pour corruption. Le principal prévenu, l'ex-militant d'extrême droite Massimo Carminati, est jugé pour extorsion, corruption et détournement de fonds publics.

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Vue générale de la chambre du tribunal de Rome où s'est ouvert jeudi 5 novembre le procès pour corruption "Mafia capitale". (ALESSANDRO DI MEO / AFP)

Quel sera le Fellini, le Pasolini, le Rosi ou le Saviano qui tirera de ce procès monstre un film à sa démesure ? Depuis jeudi 5 novembre, 46 prévenus sont jugés à Rome dans l'affaire "Mafia capitale". Elus (de droite et de gauche), fonctionnaires ou affairistes, les accusés sont soupçonnés d’avoir truqué les marchés publics de la ville dans le ramassage des ordures, l’entretien des espaces verts et l’accueil des migrants, en infiltrant à tous les niveaux l’administration de la mairie pour mieux parvenir à leurs fins. 

Borgne depuis un échange de tirs avec la police, le principal inculpé s'appelle Massimo Carminati, 57 ans, déjà condamné pour appartenance à un groupe criminel de la capitale dans les années 1980. Cet ex-militant d'extrême droite est aujourd'hui accusé d'extorsion, de corruption et de détournement de fonds publics, avec la complicité d'entrepreneurs véreux et d'hommes politiques peu scrupuleux. Son bras droit, Salvatore Buzzi, dirige une coopérative "sociale" travaillant pour la municipalité de Rome. Lui aussi a un casier chargé : il a été autrefois condamné à trente ans de prison pour l'assassinat brutal d'un complice l'ayant aidé à écouler des chèques volés. Sous le mandat du maire de droite de Rome Gianni Alemanno (2008-2013), tous deux ont mis en place un vaste réseau de corruption et une "association criminelle de type mafieux".  

Trois anecdotes issues du procès illustrent le filet qu'avait su tresser ce réseau mafieux dans la capitale italienne. 

Le tarif d'un élu ou d'un fonctionnaire ? 100 000 euros

Les deux chefs de bande ont plutôt recouru au bakchich qu'à la violence, rappelle notamment l'émission C dans l'air  ("Rome, capitale mafieuse"). Il était moins question de "dissoudre dans l'acide" l'élu ou le fonctionnaire récalcitrant que de lui graisser la patte.

A la fin des années 2000, sous l'emprise des deux truands en chef, Rome se mue en "vache à traire". "Dans une conversation enregistrée par les carabiniers, raconte Le Monde, il [Salvatore Buzzi] confie à un ami : 'La vache doit être nourrie en permanence si on veut pouvoir la traire.'" En clair : il faut arroser un maximum d'élus et de fonctionnaires pour décrocher le maximum de marchés. "La nourriture en question avait la forme de pots-de-vin, poursuit Le Monde. Au choix, 100 000 euros en une seule fois, un véritable salaire mensuel, l’embauche dans une des sociétés gérées par le duo d’un proche de la personne corrompue, ou une aide pour l’achat d’une maison." 

L'accueil des migrants, une "poule aux œufs d'or"

Comment prospéraient les truands ? Ils s'enrichissaient sur les multiples marchés publics, y compris ceux auxquels on ne pense pas immédiatement, comme l'accueil des migrants. Dans une autre conversation téléphonique interceptée par la police, Salvatore Buzzi, décidément bavard, se vante de s'enrichir ainsi : "Tu n’as pas idée de combien on gagne sur le dos des immigrés. Le trafic de drogue est moins rentable."

Concrètement, en quoi consistait la combine ? Salvatoze Buzzi, explique La Stampa (en italien) citée par Courrier international, gonflait le nombre d’immigrés hébergés dans les centres d’accueil qu'il gérait. Cet entrepreneur "social" obtenait ainsi davantage de subventions et pouvait gonfler son budget de fonctionnement. Pour crédibiliser ses statistiques, le mafieux s'est associé à Luca Odevaine, ex-chef de cabinet de Walter Veltroni (maire de Rome de 2001 à 2008) et membre de la coordination nationale pour les réfugiés. Arrêté le 4 décembre 2014, ce dernier est désormais accusé de corruption aggravée : il est soupçonné d'avoir encaissé des pots-de-vin sur les comptes bancaires de sa femme et de son fils.

Buzzi savait multiplier les "contacts" politiques et administratifs, rapporte Courrier internationalIl s'agissait de "favoriser les affaires de la bande qui, la plupart du temps, impliquent aussi l’administration publique. Comme ce fut le cas pour l’appel d’offres concernant la gestion du centre de demandeurs d’asile, le Cara di Castelnuovo di Porto, à 30 kilomètres de Rome, capable d’accueillir jusqu’à 650 migrants. Une poule aux œufs d’or, estimée à 20 millions d’euros", résume La Repubblica dans son édition du 9 décembre.

Maire de Rome, un métier alimentant désormais tous les soupçons

Le scandale n'a pas amélioré l'image des politiques en général et des maires de Rome en particulier. D'autant que, en décembre 2014, la presse italienne révélait que le maire de droite de Rome Gianni Alemanno était soupçonné d'avoir reçu des responsables du réseau 125 000 euros en échange de services ne relevant pas de sa compétence.

"Alemanno a fait quatre voyages [à l'étranger], accompagné de son fils, avec des valises remplies de billets." Cette phrase interceptée dans une conversation téléphonique par les carabiniers antimafia a été prononcée le 31 juillet par Luca Odevaine, écrit La Repubblica.

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