Rapport sur l'état des ponts : "Aujourd'hui on roule sur des ponts qui ne sont pas fiables"

Il faut "mettre en place une maintenance des ponts", réclame sur franceinfo Tristan Tridon, du syndicat des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et renforcement de structures.

Le viaduc d\'Echinghen près de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, fait partie des 23 ponts qui ont besoin de travaux en priorité en France, selon le gouvernement.
Le viaduc d'Echinghen près de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, fait partie des 23 ponts qui ont besoin de travaux en priorité en France, selon le gouvernement. (PHILIPPE PAUCHET / MAXPPP)

Vingt-trois ponts ont besoin de travaux en priorité en France, a annoncé mercredi 26 septembre le gouvernement en publiant un tableau des principaux ouvrages d'art du réseau routier national dans la foulée de la catastrophe de Gênes, tout en se voulant rassurant sur la sécurité. Parmi ces ponts, il y a deux "ouvrages dont la structure est gravement altérée et nécessite une intervention urgente" : le viaduc d'Echinghen près de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, sur l'A16, et celui de Caronte sur l'A55 à Martigues, dans les Bouches-du-Rhône.

Il faut "mettre en place une maintenance des ponts", réclame Tristan Tridon, du syndicat des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et renforcement de structures (Strres). "La maintenance a un certain coût mais on a des professionnels qui savent intervenir sur ce type d'ouvrage", a-t-il précisé. "Aujourd'hui on roule sur des ponts qui ne sont pas fiables", a expliqué Tristan Tridon.

franceinfo : Que faut-il penser de ce rapport sur l'état des ponts en France ?

Tristan Tridon : Ce rapport est sorti et on commente ce rapport qui n'est simplement que le sommet de l'iceberg, il ne concerne que les ponts gérés directement par l'État. Je vous rappelle qu'il y a 94% d'autres ponts qui sont gérés par les collectivités territoriales dont on ne parle pas. La majorité de ces ponts vieillissent et se dégradent. On peut parler de pont dangereux, de pont quasiment effondré, ce n'est pas ça le problème. Le problème c'est de mettre en place une maintenance des ponts. La maintenance a un certain coût. Un pont en béton armé des années 50 ou 60 il est normal que cet ouvrage arrive presqu'à son obsolescence, mais on sait le réparer, on a des professionnels qui savent intervenir sur ce type d'ouvrage.

Quelle est la différence entre ces ponts nationaux dont parle le rapport et les ponts gérés par les collectivités locales et territoriales ? Faudrait-il qu'ils soient gérés par la même entité ?

Oui peut-être. Les communes en France ne sont plus aidées par l'État pour entretenir leurs ponts, comme elles ont pu l'être il y a une vingtaine d'années. Aujourd'hui les communes gèrent autour de 80 000 ponts environ. Ces ponts ne sont pas gérés de la même manière que le viaduc de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) qui a été fortement renforcé il y a quelques années. Aujourd'hui, il y a des réparations nécessaires qui ne touchent que la partie de la surface de l'ouvrage. La structure a été considérablement renforcée. Aujourd'hui c'est vraiment un problème d'état d'esprit sur la maintenance de ces ouvrages qui s'usent et c'est normal.

Quand on dit qu'un pont nécessite des travaux d'urgence, qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire qu'on n'a pas fait les travaux en amont qui nous amènent au "3U" (Structure gravement altérée). On ne devrait pas avoir des ouvrages dans cet état. On devrait anticiper les réparations. Si je fais le parallèle, un avion en "3U", c'est un avion qui ne devrait pas voler. Aujourd'hui on roule sur des ponts qui ne sont pas fiables. Cela ne veut pas dire qu'ils vont tomber demain matin. S'ils en arrivent au "3U" (structure gravement altérée), c'est qu'on n'a pas mis les moyens pour anticiper cet état. Il y a un vrai problème de maintenance de ces ouvrages.