Italie : le Mouvement 5 étoiles pose ses conditions à la naissance du nouveau gouvernement

Le M5S souhaite conserver, entre autres, les lois sécuritaires portées par Matteo Salvini, notamment celle sur l'immigration. Ce qui ne plaît pas au Parti démocrate, avec qui le Mouvement 5 étoiles vient de conclure un accord pour diriger le pays.

Le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, à Rome (Italie), le 28 août 2019.
Le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, à Rome (Italie), le 28 août 2019. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Le chef du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, a conditionné, vendredi 30 août, la naissance d'un gouvernement en Italie à la réalisation du programme du M5S, sous peine de rompre l'accord conclu avec le Parti démocrate"Nos points de programme sont clairs, s'ils n'entrent pas dans le programme de gouvernement, nous ne pourrons pas démarrer, a déclaré Luigi Di Maio, et mieux vaudra alors retourner aux urnes, le plus tôt possible."

Luigi Di Maio a notamment rejeté une modification des "décrets sécurité" sur l'immigration, promulgués par le ministre de l'Intérieur sortant et son ex-allié, le chef des souverainistes Matteo Salvini"Le problème de l'immigration est sérieux, concret et il doit être affronté avec compétence dans le respect des sensibilités exprimées par l'opinion publique", a-t-il dit, conscient qu'une bonne partie du M5S approuve le durcissement sécuritaire promu par Matteo Salvini pendant les quatorze mois d'alliance M5S-Ligue.

Un des dirigeants du Parti démocrate (PD), Graziano Delrio, a qualifié d'"inacceptables les ultimatums de Di Maio" au chef du gouvernement désigné Giuseppe Conte, rappelant que les sociaux-démocrates "se sont engagés à soutenir loyalement les efforts" pour constituer un gouvernement. Auparavant, le patron du PD, Nicola Zingaretti, avait énuméré à Giuseppe Conte les "principales nouveautés" d'un programme commun M5S-PD : baisse des impôts pour les moyens et bas et salaires "afin de stimuler la consommation", un plan pour l'emploi, promouvoir l'économie numérique et la possibilité de "rendre gratuite la formation des enfants des familles modestes depuis la crèche jusqu'à l'université".

L'accord soumis au vote des militants du M5S

Giuseppe Conte, désigné jeudi par le président Sergio Mattarella pour essayer de former un gouvernement M5S-PD, a consulté pendant deux jours les différentes forces politiques. Il devrait présenter d'ici mardi ou mercredi prochain la composition du gouvernement au président Sergio Mattarella avant de prêter serment. Outre la répartition des portefeuilles ministériels, plusieurs inconnues demeurent dont l'attribution du poste de vice-Premier ministre, que Luigi Di Maio voudrait conserver. Selon les politologues, très affaibli, "il se bat pour sa survie". Les postes stratégiques de l'Economie et de l'Intérieur sont aussi au coeur des discussions.

Le M5S veut en outre soumettre l'accord de coalition au vote des militants sur sa plateforme participative "Rousseau". Cette consultation en ligne des 100 000 inscrits se déroulera dans les prochains jours. Le leader de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini avait décliné l'invitation de Giuseppe Conte et envoyé de simples représentants. Pour les mois à venir, le plan de bataille de Matteo Salvini est clair : partir en campagne pour faire tomber le gouvernement et obtenir des élections. "Dans quelques mois, une année ou deux d'opposition, nous reviendrons", a-t-il promis, en annonçant des mobilisations tous azimuts dont une "journée de la fierté italienne", le 19 octobre à Rome.