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Israël: vandalisme antichrétien et antimusulman

L’Eglise catholique a dénoncé le 11 mai 2014 une vague d’actes de vandalisme antichrétiens et antimusulmans, commis à l’approche du pèlerinage du Pape, prévu du 24 au 26 mai. Des actes attribués à des colons extrémistes et à des activistes d’extrême droite.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un moine en train de balayer le 4 septembre 2012 à côté d'un graffiti anti-chrétien écrit sur un mur de l'abbaye trappiste de Latroun près de Jérusalem. Dans le même temps, des vandales avaient mis le feu aux portes du monastère.  (Reuters - Baz Ratner)
«Les actes de vandalisme incontrôlés empoisonnent l’atmosphère, l’atmosphère de coexistence et de coopération», a déploré le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal. «Le gouvernement d’Israël doit s’inquiéter parce que cela nuit à (son) image à l’étranger», a-t-il ajouté. De son côté, la police israélienne a reconnu que ces dernières semaines, elle constatait une hausse des attaques contre des sites chrétiens, musulmans et arabes israéliens.

Selon La Croix, le 27 avril, des adolescents ultraorthodoxes ont arraché des croix sur le site de l’église de Tabgha dans le nord d’Israël, «agressant et injuriant une visiteuse d’un couvent de bénédictines». C’est là que selon la tradition chrétienne, Jésus a multiplié les pains au bord du lac de Tibériade. Le même jour, un établissement de culte orthodoxe de al-Bassah (nord-ouest) a été le cible d’une agression pendant un baptême. Début avril, des graffitis antichrétiens avaient été inscrits sur le monastère de Notre-Dame de Palestine (ouest de Jérusalem).

Les lieux de culte de l’islam sont également concernés. Un graffiti anti-musulman a ainsi été découvert le 29 avril sur les murs d’une mosquée à Fureidis (nord).

Si l’on constate ces dernières semaines une recrudescence de tels actes, ils ont en fait commencé en 2009. Une trentaine de mosquées ou de couvents chrétiens ont ainsi été visés, rapporte La Croix.
 
«Certes, ces actes font l’objet de condamnations par les dirigeants israéliens mais il y a peu d’arrestations», a estimé Mgr Twal, la plus haute autorité catholique en Terre sainte. La police a procédé à de nombreuses interpellations dans les milieux religieux nationalistes juifs. Mais pour le moment, il n’y a eu aucune poursuite ni aucune inculpation, rapporte l’AFP. Les suspects appréhendés sont souvent des mineurs rapidement relâchés.

Fin avril, la police avait annoncé l’arrestation d’un homme suspecté d’avoir menacé de mort l’évêque de Nazareth, Giacinto-Boulos Marcuzzo, et ses fidèles. «Un suspect s’est rendu au domicile de (l’évêque) et lui a remis une lettre de menaces», a expliqué le porte-parole de la police. La lettre exigeait que tous les chrétiens, «à l'exception des protestants et des anglicans», quittent Israël avant le 5 mai. Elle menaçait de tuer l'évêque et l'ensemble de sa communauté s'ils n'obtempéraient pas. Signée du «Messie, fils de David», le document citait des sources juives présentant la chrétienté comme une forme d'idolâtrie.
 
Le patriarche latin de Jérusalem et chef de l'Eglise catholique en Terre sainte, Mgr Fouad Twal, s'exprimant lors d'une conférence de presse à Haïfa le 11 mai 2014. (AFP - Ahmad Gharabli)

Le «prix à payer»
Sous l'appellation du «prix à payer» (Tag Mehir en hébreu), des colons extrémistes et des activistes d'extrême droite ont intensifié ces derniers mois les agressions contre des Palestiniens, des Arabes israéliens et même l'armée israélienne. Ils entendent ainsi réagir contre des décisions gouvernementales qu'ils jugent hostiles à leurs intérêts ou contre des actes attribués à des Palestiniens. Début avril, le ton est monté chez les colons d'Yitzhar après le déploiement, y compris à l'intérieur de la yéchiva, de policiers et de soldats venus évacuer des constructions jugées illégales par la justice.

Selon des sources de sécurité citées par le journal Haaretz, une centaine de personnes seraient impliquées dans cette mouvance religieuse ultra-nationaliste, en partie clandestine. Il s’agirait, en grande partie, de disciples du rabbin extrémiste Yitzhak Ginzburg, qui enseigne dans une yéchiva (école talmudique) de la colonie de Yitzhar, dans le nord de la Cisjordanie occupée. Celle-ci est connue pour être un bastion du radicalisme nationaliste-religieux juif.

Devant l'ampleur du phénomène, condamné par les dirigeants israéliens, plusieurs ministres et ex-chefs des agences de sécurité, souhaiteraient que ces extrémistes ne soient plus considérés comme militants d'«organisations illégales» mais comme des «terroristes». Il s’agirait alors de confier le dossier au Shin Beth, le service de la sécurité intérieure, comme dans le cas des attentats palestiniens. Ce qu’a refusé jusqu'à présent le gouvernement israélien.

«Un acte terroriste»
En janvier, le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, avait expliqué que «le phénomène inacceptable appelé ‘‘prix à payer’’ est, à mes yeux, terroriste à tous les sens du terme. Nous agirons et continuerons à agir sans aucune tolérance contre ceux qui commettent de tels actes». «Il s’agit d’un phénomène hideux qui n'a aucun rapport avec les valeurs et la morale juives, dont le but est de nuire aux Arabes uniquement parce qu'ils sont Arabes», a-t-il précisé le 5 mai. «Tant que les mots ne se transforment pas en actes, nous restons sceptiques», a rétorqué Mgr Twal.

Selon les médias israéliens, la police et le Shin Beth craignent que le «prix à payer» ne profite du pèlerinage du Pape François en Terre sainte, du 24 au 26 mai, pour attirer l'attention des médias et donner de la voix.  

Conséquence : la présence des forces de l’ordre a été renforcée autour des sites sensibles. Signe d'une certaine tension, la municipalité israélienne de Jérusalem a demandé que soit enlevé un grand portrait de bienvenue du Pape accroché sur le Centre d'information franciscain, dans la Vieille ville, selon des sources concordantes. 

Les sites chrétiens dans le collimateur des extrémistes juifs
Euronews, 9-10-2013

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