Israël : qui est Naftali Bennett, le nouveau Premier ministre de l'Etat hébreu ?

Fils d'immigrés américains, millionnaire de la tech et ancien soldat d'élite, cette figure du "camp nationaliste" est devenu dimanche le nouveau chef du gouvernement israélien, soutenu par une coalition anti-Nétanyahou fragile. 

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Le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett, lors d'un discours à la Knesset, le 13 juin 2021, à Jérusalem. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Une nouvelle page de l'histoire d'Israël s'est tournée, dimanche 13 juin. Après douze ans d'un règne ininterrompu, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a été écarté à la suite d'un vote de confiance de la Knesset (le parlement israélien) en faveur d'une coalition hétéroclite menée par son ancien allié Naftali Bennett. Cette figure de la droite dure religieuse s'est frayé un chemin en politique jusqu'à prendre la place de "Bibi", son ex-mentor, pour devenir, à 49 ans, le 13e Premier ministre de l'Etat hébreu. Voici quatre choses à savoir sur lui.

Un ancien membre des forces spéciales et un millionnaire de la tech

Né le 25 mars 1972 à Haïfa, Naftali Bennett est le fils d'immigrants américains venus en Israël à la suite de la guerre des Six-Jours. Après avoir passé une partie de son enfance à Montréal (Canada), à cause de la carrière de son père, il revient s'installer avec sa famille dans son pays natal. Il y reçoit une éducation religieuse tandis que ses parents adhèrent progressivement aux discours de la droite nationaliste et de l'extrême droite, souligne le quotidien israélien de gauche Haaretz (article en anglais pour les abonnés).

Naftali Bennett rejoint ensuite Bnei Akiva, le mouvement de jeunesse des sionistes religieux où il découvre le nom de Nétanyahou. Le frère aîné du futur Premier ministre, "Yoni" Nétanyahou, y est considéré comme un héros après sa mort en 1976 durant la libération de passagers israéliens d'un vol détourné par des Palestiniens en Ouganda, rappelle Le Monde (article pour les abonnés). Les lettres de Yoni adolescent, qui clame son amour pour Israël depuis les Etats-Unis où ses parents ont déménagé, "sont alors une lecture quasi obligatoire au sein du mouvement de jeunesse", souligne le quotidien, et poussent Naftali Bennett à rejoindre l'armée, comme son modèle.

Jeune adulte, il sert un temps dans la prestigieuse unité militaire Sayeret Matkal, qui a été dirigée par "Yoni" Nétanyahou. Durant ses années militaires, l'unité de Naftali Bennett est impliquée dans le très controversé bombardement de Cana, durant l'opération "Raisins de la colère" en avril 1996 dans le sud du Liban, qui cause la mort de plus de 100 civils près d'un camp des Nations unies et suscite l'indignation internationale.

Après six ans de service, le jeune Naftali Bennett quitte l'armée, passe les trois années suivantes à étudier le droit, puis lance, en 1999, Cyotta, une entreprise de cybersécurité. Il déménage à New York où il s'impose comme un ténor de la "start-up nation" en revendant Cyotta pour 145 millions de dollars (120 millions d'euros) en 2005. 

Une figure du "camp nationaliste", ancien bras droit de "Bibi"

Lassé de sa carrière d'entrepreneur, il s'engage en 2006 dans la politique israélienne en rejoignant le Likoud, le parti de droite nationaliste pour lequel a toujours voté sa famille. Il devient le bras droit de Benyamin Nétanyahou, tout juste élu président du parti.

Deux ans plus tard, Naftali Bennett quitte le Likoud pour diriger le Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons israéliens en Cisjordanie, qui deviennent son fonds de commerce politique. En 2012, il prend les rênes du Foyer juif, le parti historique des colons. Ce dernier se greffe en 2019 à d'autres micropartis pour former la formation Yamina ("A droite"), dont Naftali Bennett devient le chef, laissant les discours les plus radicaux à de nouveaux partis plus extrémistes encore.

Tout au long de cette période, l'homme politique multiplie les propos nationalistes. Selon lui, il n'y a pas d'occupation israélienne en Cisjordanie car "il n'y a jamais eu d'Etat palestinien". S'exprimant à propos de prisonniers palestiniens, il affirme également que les "terroristes doivent être tués, pas libérés". Durant un débat télévisé, en septembre 2010, il lance au député arabe israélien Ahmad Tibi : "Vous [les Arabes] grimpiez encore aux arbres quand un Etat juif existait déjà", rapporte Le Monde.

Par ailleurs, Naftali Bennett prône à la fois un ultralibéralisme économique, une certaine ouverture sur les questions de société, mais aussi l'annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël. Il est devenu une figure incontournable du "camp nationaliste", expression consacrée en Israël pour désigner ceux qui penchent du centre droit jusqu'à l'extrême droite. 

Un habile stratège avec "très peu d'idées et beaucoup de slogans"

Naftali Bennett a su jouer de son image de nationaliste acharné, même si les observateurs de la politique israélienne mettent parfois en doute ses convictions. Il s'est rapidement imposé comme l'incontournable "faiseur de roi" des coalitions formées par Benyamin Nétanyahou. "Je suis dans une position confortable, toujours un peu à la droite de 'Bibi'. Quand je m'exprime sur les questions diplomatiques ou sécuritaires, il va finir par monter d'un cran pour me rattraper", disait-il lorsqu'il était encore son ministre. Il s'est ainsi trouvé une "image faite sur mesure pour un public qui cherche désespérément un remplaçant légitime à Nétanyahou", note auprès de l'AFP Evan Gottesman, directeur adjoint de la politique et de la communication au sein du groupe de réflexion Israel Policy Forum.

Pourtant, Naftali Bennett, qui a détenu cinq portefeuilles ministériels depuis 2013, dont celui de la Défense (2019-2020), n'a jamais montré d'ardeur particulière à transformer ses déclarations en véritable projet politique. Marié à Gilat Bennett, pâtissière de formation et laïque, ce père de quatre enfants, qui porte la kippa tous les jours, suit une pratique stricte du judaïsme, toutefois teintée de modernité.

Il a vécu hors mariage avec son épouse, et préfère habiter Raanana, une banlieue riche de Tel-Aviv, plutôt que les colonies israéliennes, souligne Haaretz. "Quand il rencontre des électeurs, et au contraire de nombreux politiciens religieux, il a rarement une sagesse de la Torah à partager, mais il les régale d'histoires de son temps dans l'armée et en entreprise", écrit le quotidien. "Aujourd'hui encore, ses discours sont ceux d'un parfait scout de Bnei Akiva : un nationalisme sincère, très peu d'idées et beaucoup de slogans", analyse dans Le Monde le philosophe de gauche Assaf Sharon.

Un Premier ministre à la tête d'une coalition hétérogène

Malgré son faible score aux dernières législatives (son parti n'a obtenu que sept sièges à la Knesset), Naftali Bennett a réussi à porter le coup de grâce à son ex-mentor. Son ralliement surprise à la nouvelle alliance hétéroclite (qui va de son parti de droite à la gauche, en passant par l'appui d'un parti arabe dirigé par un islamiste modéré) a été négocié au prix fort : le poste de Premier ministre jusqu'en 2023, qui reviendra ensuite au centriste Yaïr Lapid, qui a constitué cette fragile coalition.

Naftali Bennett a désormais beaucoup à perdre. "Je savais que je serais critiqué", a-t-il lancé, calme, à la télévision, alors que l'extrême droite l'affuble sur internet, lui, l'ancien représentant des colons, du keffieh palestinien. "J'ai choisi ce qu'il fallait faire pour le bien d'Israël", a martelé le nouveau chef du gouvernement.

Son gouvernement devra relever de nombreux défis. En présentant à la Knesset les grandes lignes de son mandat, Naftali Bennett a affirmé que sa coalition ne laisserait pas "l'Iran se doter de l'arme nucléaire", assurant que son pays se "réserverait une liberté totale d'action" contre son ennemi juré qui se défend de chercher à obtenir l'arme atomique. Le gouvernement devra aussi trouver un terrain d'entente sur la relance économique post-pandémie.

Il devra également gérer la question palestinienne, et ce, dès son entrée en fonction, alors qu'a lieu mardi une marche de l'extrême droite israélienne à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par l'Etat hébreu. Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans l'enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, a évoqué de possibles représailles si cette marche se tenait près de l'esplanade des Mosquées.

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