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Chine-Inde: des rivaux à l'aube de changements

Parmi les pays dits émergents, la Chine, 2e économie mondiale derrière les Etats-Unis, et l'Inde, en 3e position, font la course en tête. Pourtant, tous les deux ont des défis à relever. Tour d'horizon de leurs atouts et de leurs faiblesses.
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Rencontre entre le ministre chinois de la Défense, L.Guanglie, et le Premier ministre indien, M.Singh, à New Delhi, le 4 septembre 2012. (AFP/POOL/MANISH SWARUP)

Les deux pays en concurrence connaîtront des évolutions différentes. La Chine devrait devenir la première puissance économique en 2020. L’Inde, à son tour, devrait lui ravir cette place dès 2050. Son économie atteindrait alors 85,97 trillions de dollars contre 80,02 pour Pékin.  

Le sous-continent indien cherche de nouvelles recettes
Pour autant, l’économie indienne a rompu avec sa tradition de croissance à deux chiffres. Au second trimestre 2012, la croissance s’est établie à 5,5% sur un an contre 9,2% au premier trimestre 2011. L'agence de notation Fitch a abaissé la perspective de l’Inde de stable à négative. Quant à l'inflation, elle a atteint en mai 7,55% sur un an, alors que la dette publique s'établissait à 51,6% du PIB en 2011.

Parmi les causes de cette situation, la rigidité du marché du travail qui oblige à faire appel à l'emploi intérimaire dont les conditions médiocres peuvent être à l'origine de drames. Autres défauts : la quasi-paralysie politique et la corruption qui empêchent l’adoption des réformes. Le système juridique bureaucratique a, lui, pour conséquence de mettre le système économique ancien à l’abri de la concurrence internationale.

En Inde, la banque des enfants des rues

AFP, le 9 juillet 2012

Pour relancer la croissance, le ministre indien du Commerce, Anand Sharma, a invité les entreprises chinoises à investir dans de nouvelles zones industrielles. De son côté, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, s’est engagé à favoriser les investissements étrangers en assouplissant les règles fiscales. Autre idée originale, il préconise pour rétablir la croissance de rechercher «l'esprit animal». Une théorie de John Maynard Keynes, selon laquelle l’optimisme et la confiance sont des facteurs favorables à sa survenue.

Une certitude, la jeunesse indienne - 40% de la population a moins de 20 ans - est enthousiaste, alors que la Chine est handicapée par la politique de l'enfant unique, à l'origine du vieillissement de sa population. 

Nécessité des réformes en Inde et en Chine

NYFPFrance, le 20 mars 2012

L'Empire du Milieu à la croisée des chemins
L’économie chinoise connaît  également une phase de ralentissement. Le PIB chinois s’est élevé à 7,6% au second trimestre 2012 contre 8,1% pour les trois premiers mois de 2011 (le 6e trimestre d’affilée de décélération). La consommation intérieure est poussive : 1,8% en juillet 2012 contre 2,2% un mois plus tôt. Et la crise en Europe et aux Etats-Unis a pour conséquence de faire chuter la demande de produits chinois.

La seule bonne nouvelle est la baisse de l’inflation : 1,8% en juillet 2012 contre 2,2% en juin. Le FMI prévoit qu’elle devrait rester entre 3 et 3,5% cette année et tomber à 2,5%-3% en 2013.

Les artistes chinois s'attaquent  à la corruption

Euronews, le 18 juillet 2012

L’Etat chinois, qui a baissé les taux d’intérêts à plusieurs reprises, hésite à poursuivre dans cette voie. La distribution de crédits par les banques (l’Etat y est majoritaire) est une bombe à retardement. Les établissements bancaires ont maintenu à flot ces trois dernières années les PME et les collectivités locales, mais elles ne peuvent continuer à laisser ouvertes les vannes du crédit.

La Chine est condamnée à innover, car elle n'est plus un pays à bas coût qui peut gonfler ses exportations. Elle doit impérativement se tourner vers la consommation intérieure comprenant un substantiel volet social. Et ce virage doit être pris avec l’approbation des nouvelles classes urbaines qui réclament que les normes d’un Etat de droit soient respectées. La bonne nouvelle, c'est l'arrivée de la Chine parmi les meilleurs chercheurs scientifiques. A la fin 2008, elle est devenue la 2e puissance au monde au nombre d’articles publiés dans les revues internationales derrière les Etats-Unis.

Les investissements chinois en Europe

NTDFrench, le 22 août 2012

Les Infrastructures, un secteur en effervescence
L’Inde est confrontée à l’état délabré de certaines de ses infrastructures, notamment les installations électriques. L’offre énergétique est de 12% inférieure à la demande. Pour pallier ses défaillances, le pays développe l’énergie solaire qui ne revient pas plus cher que l’énergie produite par le charbon ou le gaz . Nombre de grands groupes investissent dans ce secteur qui à bondi de 17,8 à plus de 500 mégawatts. New Delhi entend également construire des centrales nucléaires. 

Pour sa part, la Chine construit trop d’infrastructures inutilisées. Grâce à sa production d'énergie d'origine éolienne, elle possède une puissance de 41,86 gigawatts supérieure à celle des Etats-Unis, mais seuls 31,1 gigawatts ont été raccordés au réseau électrique en raison de l’éloignement des lieux de production, la Mongolie intérieure en l’occurrence. Pékin réussit à marier le solaire et l'éolien. Les Chinois investissent également dans les réseaux électriques intelligents (64 milliards d’euros d’ici 2020).

Les responsables chinois ont ainsi pour tâche d'améliorer leurs projets d'infrastructures qui nuisent à l'environnement et rencontrent l'opposition farouche des habitants. Une mobilisation qui fait reculer le pouvoir.

Panne électrique monstre en Inde

Al Jazeera, le 31 juillet 2012

Relations bilatérales : l'Inde et la Chine s’observent en chien de faïence
Après la guerre de 1962, qui a notamment opposé les deux Etats au sujet de l'Arunachal Pradesh, un territoire sur lequel Pékin ne reconnaît toujours pas la souveraineté de son voisin, les griefs se sont accumulés.

New-Delhi s’est inquiété récemment du rapprochement sino-pakistanais et de la construction d’une centrale en amont du fleuve Bramapoutre. De son côté, Pékin, obnubilé par l'accès à la mer de Chine, voit d'un mauvais oeil les possessions indiennes que sont les îles Andaman, en plein golfe du Bengale. 

Face à ces tensions, chacun a renforcé les liens avec ses voisins. La Chine, proche de la Birmanie et du Sri Lanka, tente de séduire le Népal, l'Iran et le Bangladesh. L'Inde se rapproche, elle, du Vietnam, de Singapour, du Japon et de l'Indonésie.

Conséquence : les armées sont choyées et les moyens de la marine des deux pays sont en augmentation. De plus, Pékin construit des ports jusqu'au détroit d'Ormuz et a lancé une coproduction de chasseurs avec le Pakistan...

L'axe Pékin-New Delhi fonctionne pourtant
Le couple sino-indien a l'occasion de se rencontrer régulièrement lors des réunions internationales. Il défend alors les intérêts des BRICS, pays émergents, en prenant des positions hostiles à l'Occident. L'Inde et la Chine réclament pour ces nations des postes dans les instances internationales, dont un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU.

Surprise, le 4 septembre 2012, le ministre de la Défense indienne A.K.Antony a annoncé la reprise des exercices militaires avec la Chine, une coopération qui avait été abandonnée depuis 2008.

 

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