Qui est Panos Kammenos, l'allié de droite de Syriza ?

A priori, tout oppose le Parti des Grecs indépendants, situé à droite de l'échiquier politique, à la gauche radicale victorieuse en Grèce. Mais les deux formations se retrouvent sur la lutte contre l'austérité imposée par Bruxelles.

Le leader du Parti des Grecs indépendants, Panos Kammenos, le 12 janvier 2015, à Athènes.
Le leader du Parti des Grecs indépendants, Panos Kammenos, le 12 janvier 2015, à Athènes. (WASSILIOS ASWESTOPOULOS / NURPHOTO / AFP)

C'est l'homme grâce à qui le parti Syriza va pouvoir former une coalition majoritaire en Grèce. Panos Kammenos, 49 ans, est le chef de file du Parti des Grecs indépendants. Un allié inattendu, car très marqué à droite, pour le nouveau Premier ministre de la gauche radicale, Alexis Tsipras. Francetv info fait le point sur ce qu'on sait de celui qui pourrait devenir ministre de la Défense.

Un leader nationaliste

Panos Kammenos est un ancien membre du grand parti conservateur Nouvelle démocratie, sous la bannière duquel il a occupé six mandats de député successifs. Elu depuis 1993, il a occupé le poste de ministre du Commerce et de la Marine de 2006 à 2008. Mais il claque la porte de son parti début 2012, ulcéré par le vote en faveur du mémorandum d'austérité présenté par les créanciers de la Grèce. Il fonde alors le Parti des Grecs indépendants (ANEL). Une naissance proclamée dans le village martyr de Distomo, dont les habitants avaient été massacrés par l'occupant nazi en 1944, le même jour que le massacre comparable d'Oradour-sur-Glane en France.

Le leader des Grecs indépendants est un nationaliste pur jus. En 2010, il n'hésitait pas à se promener dans les allées du Parlement en tee-shirt barré d'un slogan "La Grèce n'est pas à vendre". Panos Kammenos affiche des idées très arrêtées sur la Macédoine, dont il estime qu'elle usurpe le nom de la région grecque septentrionale du même nom, ou sur la Turquie, voisin avec lequel la Grèce entretient des relations tendues. Et se prononce pour une politique migratoire beaucoup plus stricte.

"Panos Kammenos est profondément patriote, et amoureux des nations, sans être nationaliste au mauvais sens du terme", dit de lui le député français Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, l'équivalent hexagonal d'ANEL. "Il n'est pas anti-européen, il est anti-UE, telle qu'elle fonctionne. C'est différent."

Une personnalité contestée

En décembre, Panos Kammenos s'est attiré les foudres du consistoire juif de Grèce, qui a dénoncé un "acte antisémite grave". En cause, des propos tenus à la télévision selon lesquels "les bouddhistes, les juifs et les musulmans ne payaient pas d’impôts", contrairement à l’église orthodoxe, qui "risquait de perdre ses monastères", rapporte Le Monde.
 
Ses outrances langagières ne passent pas inaperçues, notamment lorsqu'il déclare, pendant la campagne électorale, que l'Europe est "gouvernée par des néonazis allemands".
 
Parfois taxé d'affairisme, il n'a néanmoins jamais été poursuivi pour cela. "Les révélations de la presse sur la possession d'un yacht familial supposé détenu par des sociétés offshore ou les travaux payés par les fonds européens dans la maison de sa belle-mère sur l’île d’Icare pour la transformer en résidence touristique ont défrayé la chronique", écrit Le Monde. Mais il a nié toute irrégularité et a attaqué en justice ses accusateurs.

Un allié contre-nature pour Syriza ?

A première vue, tout oppose les deux partis. Immigration, Turquie, mariage homosexuel, religion... Les sujets de potentiels désaccords sont légion. Alors qu'Alexis Tsipras a prêté serment sans la Bible et sans la présence de l'archevêque d'Athènes, le parti de Kammenos est fortement lié à l'Eglise orthodoxe.

Mais les deux partis se retrouvent sur le sujet principal qui occupe les Grecs en ce moment : le rejet de la "troïka" (UE, BCE, FMI), qui impose des réformes drastiques depuis 2010, en échange de prêts. Syriza veut restaurer la "dignité" du peuple grec, ANEL mettre fin à "son humiliation", pour la même raison.

Avant l'élection, Panos Kammenos suggérait déjà implicitement qu'une alliance était possible avec Syriza. Dans son clip de campagne, il se mettait en scène comme un père donnant des conseils à son petit garçon pour qu'il ne fasse pas dérailler son train électrique. Mediapart a traduit les dialogues : "Si tu veux être le conducteur, il faut toujours contrôler sa vitesse. Pour prendre un virage, il faut commencer par freiner. C'est comme ça qu'on évite les accidents", dit-il à l'enfant, qui se prénomme Alexis. Comme le nouveau chef du gouvernement.