Grèce : le Parlement adopte une réforme controversée des retraites

Contesté par les syndicats, ce texte prévoit la réduction du montant des retraites les plus élevées, la fusion des multiples caisses d'assurance, l'augmentation des cotisations, des taxes et de l'imposition, surtout pour les moyens et hauts revenus.

Des manifestants devant le Parlement grec, le 8 mai 2016 à Athènes (Grèce).
Des manifestants devant le Parlement grec, le 8 mai 2016 à Athènes (Grèce). (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

C'est une réforme controversée, mais réclamée par les créanciers de la Grèce, l'UE et le FMI. Le Parlement grec a adopté, dans la nuit de dimanche 8 à lundi 9 mai, la réforme des retraites, à quelques heures d'une importante réunion à Bruxelles de l'Eurogroupe sur la Grèce. Cette loi, intitulée "un système unifié de sécurité sociale, réforme du système des retraites et règlement de l'impôt sur le revenu", a été adoptée par les 153 députés de la majorité gouvernementale, composée de la gauche Syriza et du parti souverainiste Anel.

Les 143 autres députés présents dans l'hémicycle, tous membres de l'opposition, dont la droite de la Nouvelle Démocratie, ont voté contre ce texte. Contesté par les syndicats, il prévoit la réduction des retraites les plus élevées, la fusion des multiples caisses d'assurance, l'augmentation des cotisations, des taxes et de l'imposition, surtout pour les moyens et les hauts revenus. 

26 000 manifestants dimanche

Cette loi, qui était exigée par les créanciers du pays en échange du nouveau plan d'aide signé en juillet dernier, a provoqué une mobilisation syndicale depuis vendredi et de nombreuses manifestations. Au total 26 000 personnes selon la police ont manifesté dimanche à Athènes et Thessalonique. Dimanche soir, aux abords du Parlement, sur la place Syntagma à Athènes, de brefs incidents ont opposé un groupe de jeunes et des policiers. Ces derniers ont tiré des gaz lacrymogènes, selon des photographes de l'AFP.

Le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras a su maintenir, lors de ce vote, la cohésion de sa majorité parlementaire. L'adoption de cette réforme intervient avant la réunion, lundi à Bruxelles, des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe). Le gouvernement Tsipras espère que ce vote au Parlement contribuera à ouvrir enfin le débat sur l'épineuse question du règlement de la dette.

Juncker écarte toute réduction de la dette

Cette réunion extraordinaire survient alors que les réformes exigées en contrepartie de l'aide financière massive octroyée à l'été 2015 n'ont toujours pas reçu de satisfecit des créanciers (UE et FMI) après dix mois de discussions, ce qui bloque tout nouveau versement. La réforme des retraites s'inscrit donc dans la logique des efforts du gouvernement pour s'aligner sur les exigences des créanciers qui demandent des économies de 5,4 milliards d'euros d'ici 2018.

La Grèce a "pratiquement atteint" ses objectifs de réformes voulues par ses créanciers. L'Eurogroupe va mener de "premières discussions" sur un aménagement possible de la dette du pays, a affirmé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans un entretien paru dimanche en Allemagne. Il a toutefois rappelé qu'une réduction pure et simple de la dette n'était pas à l'ordre du jour. "Demain est un jour très important. Après six ans [de crise] l'Eurogroupe va se réunir pour aborder l'allègement de la dette", a pour sa part lancé Alexis Tsipras devant le Parlement.