Grèce : gouverner, négocier, redresser... Les trois travaux de Syriza

Le parti de gauche anti-austérité est le grand vainqueur des élections législatives organisées dimanche en Grèce.

Le chef de file de Syriza, Alexis Tsipras, prononce son discours de victoire après les élections législatives, dimanche 25 janvier 2015 à Athènes (Grèce).
Le chef de file de Syriza, Alexis Tsipras, prononce son discours de victoire après les élections législatives, dimanche 25 janvier 2015 à Athènes (Grèce). (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Les choses sérieuses commencent pour Aléxis Tsípras. La figure de proue de la formation de gauche anti-austérité Syriza, arrivée largement en tête des élections législatives grecques dimanche 25 janvier, va devoir s'atteler dès lundi à la formation de son gouvernement. 

Cette étape constitue le premier défi d'une longue série pour ce parti, qui n'a jamais exercé le pouvoir. Francetv info se penche sur les trois travaux de Syriza au lendemain de la victoire.

Étape 1 : former un gouvernement

Il s'en est fallu de peu pour que la victoire soit totale. Selon les résultats complets communiqués dans la nuit de dimanche à lundi, Syriza a remporté 149 sièges de la Vouli, le Parlement grec. Le parti de gauche radicale en avait besoin de deux de plus pour obtenir la majorité absolue.

Ce tel cas de figure complique la tâche d'Aléxis Tsípras. Alors qu'il aurait pu devenir automatiquement Premier ministre du nouveau gouvernement, le leader de Syriza devra finalement se rendre dès lundi chez le président de la République Carolos Papoulias. Celui-ci lui donnera trois jours pour tenter de trouver des alliances avec d’autres partis pour former une coalition. Deux formations, sur le papier pas franchement compatibles avec l'anti-libéralisme de Syriza, tiennent la corde pour s'allier avec la gauche : To Potami ("La Rivière") parti de centre gauche plutôt libéral sur les questions économiques, et la droite dissidente d'Anel. 

Pas question en effet pour Syriza de discuter avec la Nouvelle Démocratie (droite) du Premier ministre sortant ou avec le Pasok (parti socialiste), accusés d'être responsables des politiques d'austérité mises en place en Grèce depuis 2010. Une collaboration avec l'extrême-droite d'Aube Dorée est exclue, et le parti communiste KKE, radicalement anti-européen, n'a pas ménagé ses critiques envers Tsípras durant la campagne.

Si le leader de Syriza ne parvient pas à former un gouvernement de coalition, le président grec confiera le même mandat de trois jours au parti arrivé deuxième, et en cas de nouvel échec, au parti arrivé troisième, vraisemblablement Aube Dorée. Une situation que la droite comme la gauche souhaitent à tout prix éviter. Si tous venaient à échouer, de nouvelles élections législatives seraient annoncées.

Étape 2 : négocier avec les créanciers

Pendant les quatre semaines de campagne électorale, Aléxis Tsípras n'a cessé de marteler sa revendication principale : la renégociation de la dette grecque auprès de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, FMI). Pour retrouver le chemin de la croissance et appliquer son programme, Syriza veut en effet obtenir l'annulation d'une partie de la dette du pays, qui se monte à 322 milliards d'euros, et un réajustement des modalités de remboursement de l'autre partie. Dans l'attente d'une négociation sur ce point, ils entendent obtenir un moratoire sur le paiement des intérêts de la dette. 

Cet aspect du programme de Tsípras n'enchante pas du tout Angela Merkel. La chancelière, dont le pays est las de supporter le poids des différents plans de sauvetage lancés depuis 2010, a laissé entendre début janvier qu'elle serait prête à laisser Athènes quitter la zone euro en cas de succès de Syriza.

Pour rassurer ses partenaires européens, Tsípras répète depuis de longues semaines qu'il souhaite engager une discussion apaisée plutôt qu'un bras de fer avec ses créanciers. Mais le calendrier de ces négociations s'annonce serré, car l'UE attend de la Grèce qu'elle accomplisse d'ici fin février de nouvelles réformes avant l'octroi d'une nouvelle tranche d'aide de quelque 7 milliards d'euros.

Étape 3 : panser les plaies de la rigueur

Le chantier de Syriza sur la scène nationale est colossal. Le niveau de vie moyen des Grecs s'est en effet considérablement dégradé depuis les premières mesures d'austérités prises en 2010. Le chômage a été multiplié par par plus de trois depuis début 2009, le salaire minimum a été sérieusement raboté, tout comme les pensions de retraites. Le pouvoir d'achat a tellement baissé qu'environ 300 000 foyers se sont vus privés d'électricité, faute de pouvoir régler leurs factures.

À ces naufragés de la rigueur, Syriza a promis d'importants investissements dans l'économie afin de créer 300 000 emplois dans les prochaines années, un rétablissement de l'électricité ainsi que de la couverture santé chez les plus démunis. Un programme en forme de solution miracle, mais que le parti jure être parfaitement réaliste, que la négociation sur la dette aboutisse ou non. "Son coût est estimé à 12 milliards d'euros", expliquait à francetv info Odysseas Boudouris, candidat Syriza aux législatives. "Il sera financé par des fonds européens, et par la lutte contre la fraude fiscale et la corruption de l'administration publique"

Aléxis Tsípras est conscient que les électeurs ne lui pardonneraient pas un échec sur ces épineux dossiers. Il lui suffit de regarder les résultats des législatives pour connaître le sort que réservent les Grecs aux partis qui les ont déçu : le Pasok, parti de gauche historique et responsable de la crise aux yeux de nombreux électeurs, a vu son score divisé par près de dix en six ans.