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Grèce : la chasse aux sans-papiers se poursuit

"Xenios Zeus". L'opération policière grecque lancée début août qui vise à écarter les sans-papiers du pays est vigoureusement dénoncée par les organisations et ONG internationales. Bilan : 7.000 arrestations et 2.000 détenus en camp de rétention. Le tout sur fond de violences néo-nazis.
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Radio France
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Franceinfo (Franceinfo)

Début août, les autorités grecques ont sonné le début d'une vaste opération anti-immigration. Objectif : reconduire les sans-papiers dans leur pays d'origine pour ensuite fermer les frontières du pays.

Opération "Xenios Zeus"

Nom de code, "Xenios Zeus". La première action phare des autorités avait réuni, début août, plus de 2.000
policiers à Athènes et 2.500 au département frontalier d'Evros
(nord-est), passage habituel des clandestins turques. En deux jours seulement, plus de 1.500 personnes avaient été
interpellées et 500 transportées dans des camps de rétention.

Des expulsions justifiées pour le porte-parole de la police, Christos Manouras, selon qui il est primordial qu'Athènes "redevienne une métropole de droit avec une qualité de vie" . Un dernier bilan de la police fait état de 7.000 arrestations et de 2.000
personnes détenues dans des camps de rétention. Une opération si considérable que certains quartiers d'Athènes se sont trouvés vidés de leur population. 

Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, à la tête du gouvernement de coalition droite-gauche depuis fin juin, affirme s'en tenir simplement à une promesse de campagne : "vider les villes de Grèce des nombreux étrangers
en situation irrégulière, qui sont originaires d'Afrique, d'Asie et du
Moyen-Orient"
. Une façon de jouer la sourde oreille face aux accusations virulentes des organisations et ONG internationales.

Une "chasse illégale"

Amnesty International, Human Rights Watch, le Haut Commissariat pour les réfugiés... autant d'organisations qui condamnent la "chasse illégale" aux immigrés sans-papiers. Des témoignages rapportés par ces dernières révèlent les maltraitances subites par les détenus et les conditions inhumaines dans lesquelles ils "survivent" .

Mercredi, Human Right Watch (HRW) a vivement critiqué cette opération qui selon l'ONG n'a aucune "base légale" . En effet, les légilsations internationales interdisent notamment le renvoi de sans-papiers s'ils sont en danger dans leur pays, ou s'ils proviennent de régions en guerre.

"Le pays n'a pas le droit de traiter les gens comme des criminels en
raison de leur race ou leur ethnicité" (B. Ward, vice directeur HRW)

La veille, le ministre conservateur de la Protection du citoyen, Nikos Dendias, avait fait appel au soutien des maires des régions environnantes : "Au nom de votre
patriotisme et de l'instinct de survie du citoyen grec, je vous demande de
soutenir cet effort, la question de l'immigration illégale est l'un des grands
problèmes du pays".
Pour le ministre, pas de doute, l'immigration conduit à la "criminalité", et représente "une menace pour les citoyens grecs". Des propos et convictions qui alimentent un peu plus la montée du racisme ambiant et banalisent les violences xénophobes.

Montée des violences néo-nazis

Ainsi, au cours des dernières semaines, des dizaines d'agressions visant les immigrés et les réfugiés ont été perpétrées dans les quartiers défavorisés d'Athènes, faisant des centaines de victimes et au moins un mort. Un jeune Irakien a été poignardé le 12 août dernier par cinq motards chassant les étrangers.

Selon Javied Aslam, interprète hospitalier grec, plus d'un demi-millier d'immigrés ont été agressés au fil des derniers mois sans que les groupes néo-nazis ne soient inquiétés.

Par ailleurs, les arrestations organisées par les forces gouvernementales ne semblent pas freiner les tentations du vote extrémiste. Pour rappel, un parti néo-nazi a remporté 18 sièges au parlement grec lors des élections récentes. Une première dans l'histoire parlementaire du pays meurtri par une profonde crise sociale et économique.

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