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Trois raisons pour les frontaliers de ne pas se réjouir du renchérissement du franc suisse

La décision de la confédération de ne plus intervenir sur les marchés fait le bonheur des Français qui y travaillent : payés en francs suisses, ils ont vu leur pouvoir d'achat bondir de près de 30% en une journée. Mais l'envolée de la monnaie pourrait avoir d'autres conséquences, moins heureuses. 

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Le franc suisse a gagné, jeudi 15 janvier, environ 20% par rapport aux autres devises. Le 16 septembre, le taux était d'environ1,02 franc suisse pour 1 euro. (FABRICE COFFRINI / AFP)

La Suisse a subitement décidé, jeudi 15 janvier, de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s'apprécier. Cette annonce surprise de la Banque nationale suisse (BNS) a provoqué un effondrement de la Bourse de Zurich et l'envolée de la monnaie helvète.

Côté français, c'est un peu Noël qui se prolonge pour les dizaines de milliers de frontaliers qui vont chaque jour travailler en Suisse. Leur salaire vient ainsi d'augmenter de 20 à 30% en 24 heures. Pourtant, l'envolée du franc suisse n'est pas une si bonne nouvelle. Voici pourquoi.

Les traites des crédits contractés en Suisse vont augmenter

Toutes les personnes qui ont contracté des emprunts en francs suisses voient le coût de leur endettement s'envoler. Pour certaines collectivités locales françaises, l'envolée du franc suisse constitue même une catastrophe, rapporte Le Monde, et met un peu plus en péril leurs finances. Indexées sur le cours du franc suisse, les traites annuelles pourraient gonfler de plus d'un tiers. 

De la même façon, certains pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne et la Croatie, se retrouvent plongés dans la tourmente. Comme le rappelle Le Figaro, 700 000 familles en Pologne et 60 000 en Croatie ont financé leurs logements avec des crédits en francs suisses.

En Pologne, près de 40% des crédits immobiliers sont libellés en francs suisses, pour un montant total qui représenterait près de 31 milliards d'euros. Selon les experts, si la situation actuelle persiste, les traites mensuelles pourraient augmenter de façon conséquente pour les Polonais, passant de 200 à 300 zlotys, soit de 46 à 69 euros par mois pour un crédit immobilier de 300 000 zlotys (soit 69 000 euros).

Les prix de la pierre dans les zones frontalières françaises risquent de flamber

Comme l'explique Le Figaro, l'augmentation du pouvoir d'achat des frontaliers pourrait avoir des répercussions sur les prix de l'immobilier dans les départements situés près de la Suisse (Haute-Savoie, Ain, Jura, Doubs, Territoire-de-Belfort et Haut-Rhin). Certaines parties de ces départements subissent déjà une importante pression de la part des acheteurs frontaliers ou venus de Suisse, qui bénéficient de salaires plus élevés qu'en France. Avec l'envolée du franc suisse, la pression ne devrait pas diminuer puisque Français comme Suisse auront tout intérêt à rester ou à s'installer de ce côté-ci de la frontière, où l'immobilier reste plus abordable qu'en Suisse.

L'économiste suisse Sergio Rossi confirme que "ceux qui travaillent en Suisse et vivent en France vont voir leur pouvoir d'achat boosté et seront tentés de monter en standing. Les prix de l'immobilier seront donc automatiquement tirés vers le haut dans une zone où la demande immobilière est forte." Mais l'économiste nuance : "Si les taux de change montent, ils peuvent aussi baisser rapidement, cette situation ne durera pas."

La baisse des exportations peut avoir un impact sur l'emploi en Suisse

Les produits helvétiques sont devenus, d'un coup, beaucoup plus cher pour les acheteurs étrangers. L'envolée du franc suisse risque de provoquer une baisse conséquente des exportations industrielles, donc avoir un impact sur les emplois. Dans un communiqué, le patronat helvétique, regroupé dans l'association Economie suisse, a ainsi dénoncé une décision "incompréhensible" et "qui a pris de court les marchés et les entreprises". Le patronat suisse a indiqué qu'il prévoyait dès à présent que des sociétés exportatrices et le secteur du tourisme allaient être obligés de réduire leurs effectifs.

Les entreprises suisses qui exportent de manière importante, comme l’industrie pharmaceutique, l’horlogerie, le luxe voient leur compétitivité baisser et seront sûrement tentées de réduire leurs coûts salariaux. "Ce sont les emplois non-qualifiés qui vont être en première ligne" souligne Sergio Rossi.

Une inquiétude que partage Jean-Luc Johanek, le président du Comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF), pour qui la flambée du franc suisse constitue une très mauvaise nouvelle pour les Français frontaliers. "Nous craignons des licenciements pour les travailleurs frontaliers comme pour les résidents suisses" a-t-il affirmé sur BFM Business. Une crainte d'autant plus vive que le droit du travail suisse est très souple en ce qui concerne les licenciements et que l'emploi frontalier peut concerner, selon l'Insee, jusqu'à un tiers des salariés dans certaines zones proches de la Suisse.

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