Trois conséquences de l'envolée du franc suisse

La Banque nationale Suisse a déclenché une tempête monétaire, jeudi, en décidant de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s'apprécier, provoquant l'envolée du franc suisse. 

Un écran montre le cours d\'échange du franc suisse et de l\'euro, dans un bureau de la banque suisse UBS, à Zurich (Suisse), le 15 janvier 2015.
Un écran montre le cours d'échange du franc suisse et de l'euro, dans un bureau de la banque suisse UBS, à Zurich (Suisse), le 15 janvier 2015. (ARND WIEGMANN / REUTERS)

Tremblement de terre économique en Suisse. La Banque nationale du pays helvétique a déclenché une tempête monétaire, jeudi 16 janvier, en décidant de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher sa monnaie de s'apprécier. L'envolée du franc suisse provoque des réactions en cascade.  

Des maison de courtage en difficulté

La maison de courtage Alpari UK s'est déclarée en cessation de paiement expliquant que l'envolée surprise du franc suisse a engendré des pertes massives pour ses clients. "Lorsqu'un client ne peut couvrir ses pertes, il nous les transmet. Cela a forcé Alpari UK à confirmer ce jour, 16 janvier, qu'elle est en cessation de paiement", a expliqué cette maison basée dans la City de Londres.

Le courtier américain FXCM, spécialisé dans les opérations de changes, a quant à lui annoncé qu'il risquait de ne plus être en mesure de respecter certains ratios réglementaires. Le groupe IG, basé à Londres, a pour sa part fait savoir qu'il pourrait avoir perdu jusqu'à 30 millions de livres (39 millions d'euros) dans l'opération, à cause de l'incapacité d'une partie de ses clients à faire face à leurs dus.

Des entreprises aussi, avec des risques pour l'emploi

Les produits helvétiques sont devenus d'un coup beaucoup plus chers pour les acheteurs étrangers. Ainsi, l'organisation patronale Swissmechanic a dit redouter dès jeudi un coup fatal porté aux PME de l'industrie des machines, a rapporté Le Temps. En effet, plus de 80% de ces sociétés exportent leur production. 

Idem dans le textile. L'organisation Swiss Textiles, qui regroupe l'ensemble des entreprises du secteur, craint que la décision de l'abandon du taux plancher de la monnaie suisse ne se traduise par des pertes d'emploi. "Si la surévaluation du franc suisse ne baisse pas dans un délai raisonnable, beaucoup de nos entreprises exportatrices se retrouveront en péril, et cela aurait des répercussions sur le marché du travail", ajoute Swiss Textiles. Cette industrie exporte 75% de sa production vers l'UE.

Le taux d'emprunt à dix ans de la Suisse négatif

Conséquence positive, le taux d'emprunt sur l'obligation de référence à 10 ans de la Suisse est par ailleurs passé en territoire négatif vendredi en fin de matinée. Vers 11h30, le taux à 10 ans du pays s'inscrivait à -0,031% contre 0,076% la veille à la clôture du marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise.

Un taux négatif signifie que l'investisseur paie pour prêter de l'argent à la Suisse, qui du coup gagne de l'argent en empruntant sur les marchés. La dette suisse et le franc suisse ont toujours constitué des valeurs refuges pour les investisseurs qui continuent de la plébisciter.

"C'est historique", affirme Jean-François Robin, un stratégiste obligataire de Natixis. Selon lui, le passage en territoire négatif de la dette suisse va constituer "un soutien pour les dettes des pays de la zone euro", qui vont être d'autant plus attractives pour les investisseurs à la recherche d'un peu de rendement.