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Guerre en Ukraine : qu'est-il advenu des soldats russes déployés dans le secteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl ?

Une vidéo montre que l'armée russe a mené des activités dans la "Forêt rousse", où les taux de radiation sont toujours très importants.

Article rédigé par Fabien Magnenou
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Une image satellite du site nucléaire de Tchernobyl et son immense sarcophage, obtenue par la société Maxar Technologies, le 11 mars 2022. (EYEPRESS NEWS / AFP)

L'armée russe a pris le contrôle de Tchernobyl dès le premier jour de la guerre, le 24 février, avant de lever le camp, plus d'un mois après, le 31 mars. Quelques jours après la signature de l'acte de transfert (en russe) aux autorités ukrainiennes, une vidéo tournée par un drone est apparue sur les réseaux sociaux. On y distingue des tranchées et des baraquements des occupants russes en pleine "Forêt rousse". Une zone toujours interdite d'accès, 36 ans après la catastrophe, qui couvre dix kilomètres à la ronde autour du réacteur 4. Cet endroit demeure l'un des plus contaminés du monde, ce qui soulève de nombreuses questions sur l'état de santé des soldats russes qui ont été déployés sur place.

"Il est tout à fait possible qu'ils aient subi des contaminations considérables aux radiations", estime ainsi Energoatom, l'agence de l'énergie atomique ukrainienne. Selon les sources ukrainiennes, la présence de troupes a également déplacé des poussières radioactives, entraînant une hausse locale des niveaux de radiation.

Des soldats russes ont ainsi conduit leurs véhicules blindés sans protection, selon deux employés du site interrogés par Reuters (en anglais). Un acte qualifié de "suicidaire" par l'un de ces travailleurs. Pour ne rien arranger, le ministère de l'Environnement ukrainien ont affirmé (en ukrainien), le 26 mars, que les soldats russes avaient allumé une trentaine de feux de bois dans la zone d'exclusion, pendant leur période d'occupation.

Des soldats pris en charge dans un centre de radiothérapie ?

Pour la première fois, vendredi, des journalistes de CNN ont aussi pu visiter le site. Le journaliste Frederik Pleitgen explique qu'au total, 170 employés ont été retenus prisonniers dans l'abri anti-aérien du bâtiment, le temps de l'occupation, avant d'être emmenés en Russie le dernier jour. "Nous avons constaté une augmentation des niveaux de radiation dans les quartiers occupés par les Russes", ajoute le reporter au terme de sa visite. "Les Ukrainiens affirment que c'est dû aux sorties effectuées à l'extérieur des zones et aux poussières radioactives collées aux bottes." Son confrère ajoute avoir découvert une ration alimentaire russe en lisière de la "Forêt rousse", où les niveaux de radiation sont déjà très élevés.

L'état-major russe n'a livré aucune information sur l'état de santé de ses soldats engagés dans la zone. Sept bus de militaires russes auraient été identifiés au Centre de radiothérapie biélorusse, à Gomel, a affirmé un message posté (en russe) le 30 mars par le groupe de surveillance Hajun, qui fait référence sur les mouvements militaires en Biélorussie.

Le commandement stratégique ukrainien a également évoqué (en ukrainien) de possibles irradiations de soldats russes, sans livrer davantage de détails. "La Russie a fait preuve d'irresponsabilité sur tous les plans, du refus de laisser le personnel de la centrale remplir pleinement ses fonctions au creusement de tranchées dans la zone contaminée", a dénoncé Dmytro Kuleba, ministre des Affaires étrangères.

Evaluer la situation dans la zone d'exclusion

Elena Parenyuk, spécialiste du nucléaire à l'Académie nationale des sciences, explique au média Liga (en ukrainien) que les arbres recouverts de poussières radioactives avaient été abattus et enterrés, après la catastrophe de 1986, avant d'être recouverts d'une couche de sable et de nouveaux arbres replantés.

Si la terre a bien été creusée, la scientifique estime malgré tout que "le niveau d'exposition resterait inférieur à celui qui peut entraîner un syndrome d'irradiation aiguë." Un séjour d'un mois aurait tout de même des conséquences graves et irréversibles sur la santé. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) estime, pour sa part (en anglais), qu'il est trop tôt pour savoir si les forces russes ont été exposées à de forts niveaux de radiation.

Ses experts sont prêts à se rendre sur place "dès que possible" pour mener une évaluation. Pendant l'occupation russe, il était difficile d'obtenir les relevés dans la zone d'exclusion, où le contrôle est d'ordinaire effectué à l'aide d'un système automatisé de 39 points.

Du 9 au 13 mars, l'alimentation électrique du site avait même été coupée. Ce qui avait entraîné une perte "d'alimentation des capteurs qui permettent de surveiller les installations de cette centrale", expliquait sur franceinfo Karine Herviou, directrice générale adjointe de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). La situation est désormais sous contrôle, mais il faudra suivre de près les prochains relevés.

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