Ecosse : les indépendantistes défaits mais pas tout à fait perdants

Les Ecossais ont décidé, jeudi, de rester au sein du Royaume-Uni. Les partisans du "oui" ont, tout de même, des motifs de satisfaction.

Des supportrices de l\'indépendance participent à un rassemblement à Edimbourg (Ecosse, Royaume-Uni), le 17 septembre 2014, à la veille du vote.
Des supportrices de l'indépendance participent à un rassemblement à Edimbourg (Ecosse, Royaume-Uni), le 17 septembre 2014, à la veille du vote. (LESLEY MARTIN / AFP)

Ils ont perdu leur pari. Les partisans de l'indépendance de l'Ecosse n'ont pas réussi, lors du référendum organisé jeudi 18 septembre, à réunir une majorité d'électeurs en faveur du "oui", laissant le camp du "non" s'imposer. Représentant un tiers du territoire et un dixième de la population britannique, l'Ecosse reste un membre à part entière du Royaume-Uni. Mais, comme l'a écrit The Observer (en anglais), "le Royaume-Uni ne sera plus jamais comme avant".

Davantage d'autonomie pour l'Ecosse

C'était l'offre "gagnant-gagnant" formulée par le camp du "non". "Si le 'non' gagne jeudi, nous lancerons un processus inédit de dévolution, avec des pouvoirs supplémentaires pour le Parlement écossais en matière de fiscalité, de dépenses et de protection sociale", a promis, lundi, le Premier ministre britannique et patron du Parti conservateur, David Cameron.

Il a évoqué un "livre blanc" d'ici novembre, avant un projet de loi d'ici janvier et une entrée en vigueur en 2015, le tout ayant déjà été "approuvé par tous les principaux partis". Mardi, les chefs de file des Parti conservateur, Parti travailliste et Parti libéral-démocrate ont confirmé, en une du Daily Record (en anglais), leur intention d'entamer les démarches dès ce vendredi.

Seule ombre au tableau : des députés et une ministre conservateurs ont critiqué cette promesse de dévolution. Ils ont menacé de voter contre ces nouveaux pouvoirs, qu'ils jugent "injustes" pour le reste du Royaume-Uni, souligne le site du Guardian (en anglais). L'ampleur des nouveaux pouvoirs accordés à l'Ecosse reste ainsi incertaine.

Un tremplin vers un second référendum

Pendant longtemps, environ un Ecossais sur trois était partisan de l'indépendance. Depuis quelques semaines, avec un chiffre désormais proche d'un électeur sur deux, les indépendantistes sont en voie d'être majoritaires. Un nouveau référendum dans quelques années pourrait donc faire triompher le "oui", tout comme il avait fallu deux référendums (en 1979 et 1997) pour que les Ecossais choisissent de créer leurs propres Parlement et gouvernement.

Lors de son ultime discours de campagne pour le "oui", mercredi soir, le Premier ministre écossais, Alex Salmond, s'était félicité que les débats sur l'indépendance aient "donné confiance aux Ecossais". Selon lui, ces derniers ont pris conscience que leur nation pouvait devenir une puissance mondiale.

Un partisan du \"oui\" à l\'indépendance, lors d\'un rassemblement à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni), le 17 septembre 2014.
Un partisan du "oui" à l'indépendance, lors d'un rassemblement à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni), le 17 septembre 2014. (LEON NEAL / AFP)

Faut-il donc s'attendre à un retour aux urnes ? "Je pense que le référendum de jeudi est une occasion qui ne se présentera qu'une fois dans cette génération, peut-être même dans notre vie", a estimé, dimanche, Alex Salmond. La formule peut paraître pessimiste : c'était une façon, sans doute, de presser les électeurs à voter "oui" dès jeudi. Mais la déclaration de Salmond induit aussi qu'une seconde chance pourrait bien se présenter dans le futur. D'où l'expression "neverendum", née au Canada (où la question de la souveraineté du Québec est récurrente) et reprise en Ecosse, pour désigner un référendum sans fin – jusqu'à une éventuelle indépendance.

Un nouveau souffle pour les indépendantistes dans l'UE

Le mouvement indépendantiste écossais donne des idées au reste du Royaume-Uni, qui s'éloigne de sa tradition centralisatrice. "La prétention de Westminster à avoir une autorité totale sur le pays est morte et enterrée", estime l'ancien Premier ministre travailliste Gordon Brown. Son successeur au sein du parti, Ed Miliband, affirme que l'exemple écossais "va changer la façon dont l'Angleterre est dirigée, avec un besoin de pouvoirs accrus, localement, du comté de Cornouailles jusqu'au comté de Cumbria".

Près de la moitié des Britanniques se disent favorables à l'idée d'accorder des pouvoirs accrus aux municipalités et aux régions anglaises et galloises, selon un sondage publié, mardi, par la chaîne ITV News. Dans le Yorkshire, le plus vaste comté d'Angleterre, la campagne Yorkshire First a déjà été lancée, en août, pour réclamer davantage de pouvoirs locaux.

Le pays de Galles et l'Irlande du Nord, déjà dotés, comme l'Ecosse, d'un gouvernement et d'une assemblée, pourraient aussi réclamer de nouvelles compétences. Le changement le plus rapide pourrait toutefois survenir à l'étranger, en Catalogne (Espagne), où des centaines de milliers d'indépendantistes ont manifesté, le 11 septembre, en faveur de l'organisation d'un référendum sur l'indépendance de la province, en novembre. Certains d'entre eux ont même fait le déplacement, jeudi, à Edimbourg, comme en pèlerinage.