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Première journée de liberté pour Mikhaïl Khodorkovski

L'ancien oligarque russe, grâcié par Vladimir Poutine, est arrivé en Allemagne, quelques heures après avoir été libéré de sa colonie pénitentiaire du Grand Nord russe. Récit.

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Mikhaïl Khodorkovski est accueilli à l'aéroport de Berlin-Schönefeld (Allemagne) par Hans-Dietrich Genscher, ex-chef de la diplomatie allemande et artisan de sa libération, le 20 décembre 2013. (KHODORKOVSKY.RU / AFP)

Mikhaïl Khodorkovski n'est plus le prisonnier le plus célèbre de Russie. L'ennemi politique n°1 de Vladimir Poutine a été gracié par le président russe. L'ancien oligarque, devenu icône de l'opposition au régime autoritaire russe, a retrouvé la liberté, vendredi 20 décembre, après dix années de détention. Francetv info vous raconte cette journée.

Une libération sans témoin

Vers midi, le Kremlin annonce que Vladimir Poutine a signé la grâce de Khodorkovski, avec effet immédiat. Quelques dizaines de minutes plus tard, l'agence Interfax annonce que l'homme de 50 ans est libre et a quitté, vers 12h20, heure locale, la colonie pénitentiaire n° 7 de Segueja, près de la frontière finlandaise, à 300 km du cercle polaire, dans une région autrefois célèbre pour ses goulags.

Des policiers russes bloquent la route menant à la colonie pénitentiaire n°7, à Segueja (Russie), où Mikhaïl Khodorkovski était détenu, le 20 décembre 2013. ( TATYANA MAKEYEVA / REUTERS)

Pendant près de deux heures, cette information n'est confirmée ni par les officiels ni par les avocats et la famille de Khodorkovski, qui indiquent n'avoir aucune information. Les journalistes massés devant le camp n'ont rien vu, ce qui laisse penser que Khodorkovski a été sorti discrètement. Son avocate, qui devait l'accueillir à la sortie du camp, l'a attendu en vain et ne l'a pas vu non plus. Elle a été avertie de sa libération par l'administration du camp, bien après qu'il eut quitté les lieux.

"C'est une opération des services secrets, assure la journaliste d'opposition Zoïa Svetova. Ils veulent le moins de publicité possible, pas de journalistes, faire en sorte que tout soit caché. Khodorkovski n'a même pas pu téléphoner à sa mère et à sa femme après sa libération." Et elle ajoute : "Cette libération en secret permet aussi d'empêcher de donner un caractère solennel à l'événement."

Une destination inconnue

Pendant de longues heures, personne ne sait où se trouve l'illustre ex-prisonnier. Une source proche de sa mère dit l'attendre probablement à Moscou dans la soirée. Des rumeurs non confirmées font état d'un hélicoptère qui aurait embarqué Khodorkovski dans l'enceinte du camp et l'aurait transporté jusqu'à la ville proche de Petrozavodsk, ou Saint-Pétersbourg.

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Il faut attendre 17 heures pour apprendre que Mikhaïl Khodorkovski a quitté la Russie et se trouve dans un avion à destination de Berlin. De manière surprenante, c'est un magazine très proche du Kremlin, Russki Pionier, qui l'annonce. L'avion à bord duquel se trouve Khodorkovski "vient de franchir la frontière d'un Etat européen". L'administration pénitentiaire russe le confirme ensuite : "Il est parti en avion pour l'Allemagne où sa mère est soignée." 

Alors que son fils se trouve dans un avion pour l'Allemagne, la mère de Mikhaïl Khodorkovski sème le doute dans les esprits. Marina Khodorkovskaia déclare à l'agence Itar-Tass : "Je ne sais pas pourquoi on dit que Mikhaïl est parti me rejoindre en Allemagne. J'ai été soignée là-bas il y a quelques temps, mais maintenant je suis dans la région de Moscou. Mikhail ne m'a pas téléphoné."

Une arrivée en Allemagne 

Le jet privé à bord duquel se trouve Mikhaïl Khodorkovski atterrit dans l'après-midi à Berlin. Des témoins voient l'ex-détenu être pris en charge sur le tarmac de l'aéroport de Schönefeld. Deux véhicules et une escorte policière quittent ensuite l'aéroport vers 15h25, heure locale. Son arrivée est confirmée par une porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères.

Une photo, mise en ligne par un porte-parole de l'ex-milliardaire sur un site qui lui est consacré, le montre, souriant, serrant la main de l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher. Un journaliste du New York Times la tweete.

Dans un bref communiqué, Khodorkovski salue le "rôle personnel" joué par Genscher dans sa libération. A 86 ans, l'homme qui fut également l'un des artisans d'une politique de détente avec le bloc de l'Est dans les années 80 "s'est occupé du dossier en coulisses de façon intensive. Il s'est grandement impliqué pour travailler avec succès à des solutions, avec le soutien de la chancelière et du ministère des Affaires étrangères", confirme le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, Steffen Seibert, dans un communiqué.

Dans son message, Khodorkovski précise également avoir fait une demande de grâce au président russe "en raison de circonstances familiales". Mais il nie avoir reconnu sa culpabilité, comme l'avait affirmé le Kremlin. "La question de la reconnaissance de ma culpabilité ne se posait pas" dans cette demande, écrit-il.

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