Pourquoi l'Islande dit "non" à l'Union européenne

L'Islande a retiré jeudi sa candidature, déposée en 2009, pour devenir membre de l'Union européenne.

Un drapeau islandais flotte, le 20 août 2014, dans le parc national du glacier de Vatnajökull, dans le sud-est de l\'Islande.
Un drapeau islandais flotte, le 20 août 2014, dans le parc national du glacier de Vatnajökull, dans le sud-est de l'Islande. (REUTERS)

L'Union européenne, ce sera finalement sans elle. L'Islande a enterré, jeudi 12 mars, sa candidature à l'entrée dans l'UE, déposée en 2009. La décision a été formellement annoncée à la Lettonie, qui assure la présidence semestrielle de l'UE et qui l'a transmise à la Commission européenne.

Francetv info vous explique pourquoi l'Islande fait marche arrière.

C'était une promesse électorale des eurosceptiques 

Lorsqu'en 2009, l'Islande dépose sa candidature, elle traverse une grave crise financière qui ébranle la confiance des citoyens dans leurs institutions. La monnaie islandaise, la couronne, est au plus bas et de nombreux citoyens veulent dès lors adopter l'euro. C'est aussi la première fois qu'un gouvernement de gauche dirige le pays.

Mais, en 2013, la gauche perd les élections. Le Parti du progrès (centre-droit), farouchement anti-européen, et le Parti de l'indépendance (conservateur, proche des milieux d'affaires) reprennent le pouvoir et décident de fermer la parenthèse de la candidature en mettant un terme aux discussions initiées par le gouvernement précédent. Un retrait auquel ils s'étaient engagés pendant la campagne électorale. 

C'est un "non" à l'Union européenne, définitif et sans consultation du peuple. "Le gouvernement n'a pas l'intention d'organiser un référendum", a précisé le ministère des Affaires étrangères, avant de mettre en garde contre un possible retour en arrière : "Si le processus [de candidature] doit être repris à l'avenir, le gouvernement actuel considère important de ne pas progresser sans en référer préalablement à la nation." 

Les intérêts de l'Islande "sont mieux servis hors de l'UE"

L'Islande est actuellement dans une situation économique favorable, contrairement à 2009. Comme le rappelle L'Expressl'institut statistique national (en anglais) a annoncé que l'activité économique de l'Islande avait dépassé en 2014 son niveau d'avant la crise financière de 2008. A prix constants, le produit intérieur brut a battu l'an dernier, grâce à une croissance de 1,9%, son record, qui datait de 2008. Une croissance largement supérieure à celle de la zone euro, qui ne dépasse pas les 0,9%. 

Pour le gouvernement dirigé par Sigmundur David Gunnlaugsson, du Parti du progrès, l'Islande n'a pas besoin de l'Europe. "Les intérêts de l'Islande sont mieux servis en dehors de l'Union européenne", a justifié le ministère des Affaires étrangères sur son site internet (en anglais).

Car le pays bénéficie déjà de nombreux avantages grâce à ses liens avec l'UE, sans avoir à en subir les inconvénients. L'Islande est membre de l'Association européenne de libre-échange (AELE), qui lui permet d'exporter ses produits de la mer vers le continent sans barrière tarifaire. Le pays applique également la convention de Schengen, qui autorise la libre circulation des personnes et lui permet de stimuler un secteur-clé, le tourisme. 

Le pays refuse les quotas de pêche imposés par l'UE

L'Islande a toujours refusé de soumettre sa pêche, pilier de son économie, aux quotas de Bruxelles. L'Europe s'oppose à l'Islande sur les quotas de pêche au maquereau, depuis que le pays a décidé d'augmenter considérablement ses prises en 2010, au motif que le réchauffement climatique aurait conduit les maquereaux à migrer davantage dans ses zones de pêche exclusives. Comme le rapporte Le Monde, tandis qu'elle pêchait environ 2 000 tonnes de maquereau par an, l'Islande a brusquement relevé son quota à 130 000 tonnes en 2010, dans le sillage de la crise, qui a remis en lumière le rôle essentiel de la pêche.

Le conflit n'a jamais pu être résolu malgré une multitude de réunions entre Bruxelles et Reykjavik. Pour l'opinion publique islandaise, très attachée à la pêche, il est impensable de laisser Bruxelles décider du quota. Un grief contre l'Europe qui a largement contribué à l'élection des eurosceptiques.