Portugal : le président «professeur Marcelo» dissoudra-t-il le Parlement?

Elu dès le premier tour, le candidat conservateur Marcelo Rebelo de Sousa fait face à son camp qui le presse de dissoudre le Parlement. L’ancien commentateur à la télévision donne des signes contradictoires. S’il rejette, pour l’instant, «l’hypothèse absurde», il n’exclut rien en cas de crise.

Marcelo Rebelo de Sousa, «le professeur» élu à la tête du Portugal
Marcelo Rebelo de Sousa, «le professeur» élu à la tête du Portugal (PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)
«Le professeur», élu dès le premier dimanche 24 janvier 2016, n’a laissé planer aucun suspens. La gauche, partie divisée, savait qu’elle n’avait aucune chance face à Marcelo Rebelo de Sousa, plus populaire que jamais au Portugal. Ce professeur de droit haut en couleur, âgé de 67 ans, a devancé nettement son principal rival, l'indépendant de gauche Antonio Sampaio da Novoa, qui obtient 22,89% des suffrages.
 
Le nouveau président a su se donner une image de rassembleur. Même si sa candidature disposait du soutien officiel du PSD et du CDS (droite), Marcelo Rebelo de Sousa a pris ses distances avec des partis associés à quatre ans d'austérité  budgétaire. Il a su réunir autour de sa personne des soutiens dans la société civile et des personnalités médiatiques comme l’entraîneur de football José Murinho. «Il a mené une campagne consensuelle, à l'écart de son camp politique, visant à capter des voix à gauche et à droite», analyse le  politologue José Antonio Passos Palmeira.

 
Ce scrutin, bien que sans suspens, a un enjeu très important. Le chef de l'Etat dispose du droit de dissoudre le Parlement, une arme décisive alors que le gouvernement socialiste en place depuis novembre dépend d'une alliance fragile avec la gauche radicale. La droite, arrivée en tête mais sans majorité, ne digère toujours pas sa défaite. Elle appelle le nouveau président, issu de ses rangs, à dissoudre l’Assemblée, convaincue de remporter les législatives en cas de nouvelles élections.

 
Réputé plus souple que son prédécesseur Anibal Cavaco Silva, qui achève à 76 ans son deuxième quinquennat consécutif, Marcelo Rebelo de Sousa mise sur «l’unité nationale».
 
Dissoudra-t-il le Parlement ou pas ? Marcelo Rebelo de Sousa, qui se présente comme un «président libre et indépendant», n’entend pas le faire dans l’immédiat mais n’exclut rien. «Il ne sera pas l'ennemi politique du gouvernement socialiste, il n'hésitera pas non plus à convoquer de nouvelles élections, s'il est convaincu qu'elles déboucheront sur une majorité stable», note le politologue Antonio Costa Pinto. Une «hypothèse absurde», affirme le nouveau président. Pour l’instant. Les ténors de la droite, qui misent sur leur candidat pour leur faciliter un retour au pouvoir, guettent la prochaine crise gouvernementale.