Portugal : l'ancien président Mario Soares est mort à l'âge de 92 ans

Considéré comme le père de la démocratie dans ce pays, il est mort samedi.

Mario Soares, ancien président socialiste du Portugal, à Paris, le 5 juin 2013.
Mario Soares, ancien président socialiste du Portugal, à Paris, le 5 juin 2013. (ETIENNE LAURENT / AFP)

Il est considéré comme le père de la démocratie dans ce pays. L'ancien président socialiste portugais Mario Soares est mort, samedi 7 janvier, à l'âge de 92 ans, a annoncé à le porte-parole de l'établissement de soins où il était hospitalisé à Lisbonne.

Hospitalisé le 13 décembre dans un état "critique", l'ex-chef d'Etat ne s'était jamais entièrement remis d'une encéphalite dont il avait été atteint en janvier 2013. Sa santé s'était encore dégradée après le décès de son épouse, en juillet 2015. Après une amélioration passagère, l'ancien chef de l'Etat était tombé dans un "coma profond" le 26 décembre, à la suite d'un "épisode aigu" dont la nature n'a pas été dévoilée.

"Je suis quelqu'un de normal"

Fondateur du Parti socialiste portugais, ministre des Affaires étrangères, deux fois chef de gouvernement, président de la République de 1986 à 1996 puis député européen, Mario Soares était un personnage incontournable de la démocratie portugaise.

"Je ne me suis jamais considéré comme spécial. Je suis quelqu'un de normal", confiait toutefois, dans un entretien paru en février 2015, cet avocat de formation, entré très tôt en politique en tant qu'opposant à la dictature d'Antonio de Oliveira Salazar.

"Il y a des figures qui marquent et marqueront notre démocratie. On n'a pas besoin d'être de la même couleur politique pour reconnaître ce qu'elles ont fait pour le pays", avait commenté le président de la République Marcelo Rebelo de Sousa, qui est conservateur. "Ma génération a toujours vécu en liberté et nous devons cela en grande partie à Mario Soares", avait déclaré le maire socialiste de Lisbonne, Fernando Medina, 43 ans.

Contre l'austérité et le "capitalisme sauvage"

Très présent dans le débat public jusqu'à un âge avancé, il a pourfendu avec virulence la politique d'austérité budgétaire mise en œuvre par le précédent gouvernement de centre droit entre 2011 et 2014, sous la tutelle de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Grand artisan de l'adhésion du Portugal à l'UE, en 1986, il dénonçait, 25 ans plus tard, l'absence de solidarité des grands pays européens, qui avaient, selon lui, "oublié le projet des pères fondateurs" pour se laisser guider par un "capitalisme sauvage".

Sans craindre de prendre le contre-pied de l'opinion publique, il a défendu l'ex-Premier ministre socialiste José Socrates, mis en examen dans une affaire de corruption il y a deux ans.

Une dernière campagne électorale en 2006

Fils d'un curé défroqué, Mario Soares se définissait comme agnostique, mais restera dans la mémoire des Portugais comme un homme de convictions et un infatigable animal politique. Son rôle aura été particulièrement important au lendemain de la Révolution des Œillets de 1974, un coup d'Etat militaire qui a mis fin à 48 ans de dictature et à 13 ans de guerres coloniales.

Faisant barrage au Parti communiste d'Alvaro Cunhal, il a remporté les premières élections libres organisées au Portugal. Sa dernière joute électorale, la présidentielle de 2006 qu'il a disputée à 80 ans, s'est cependant soldée par un cuisant échec face à son autre grand rival historique, le conservateur Anibal Cavaco Silva.