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Pourquoi le démantèlement de la "jungle" de Calais pose problème

François Hollande a promis de fermer le camp de migrants de Calais avant la fin de l'année, mais plusieurs associations tirent la sonnette d'alarme.

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Un migrant marche à travers la "jungle", le 7 octobre 2016, à Calais (Pas-de-Calais). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

"Nous devons démanteler complètement, définitivement le camp", déclarait François Hollande en déplacement à Calais, le 26 septembre dernier. Depuis, le gouvernement prépare le démantèlement de ce bidonville comptant entre 7 000 et 10 000 personnes, en lien avec les associations. Mais le dialogue s'est tendu ces derniers jours entre les acteurs de terrain et l'Etat. Franceinfo vous explique ce qui pose problème avec le démantèlement de la "jungle" de Calais.

Le manque de temps

La date devait être confidentielle, mais selon plusieurs indications, il s'agit d'une question de jours. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a évoqué la date du 17 octobre dans un communiqué. De son côté, LCI évoque un télégramme adressé aux CRS fixant la période du démantèlement entre le 17 et le 27 octobre.

Les associations jugent ce calendrier précipité. "Le gouvernement va droit dans le mur", estime dans un communiqué Thierry Kuhn, le président d'Emmaüs France, qui demande "le report de l'opération" pour garantir "la prise en charge de chacun dans le respect de ses droits et de sa dignité". L'ONG souhaite toujours "la mise à l'abri des occupants de ce bidonville", mais considère que "les conditions ne sont pas réunies" pour une opération efficace.

Le dispositif d’accueil et de mise à l’abri sur place des mineurs non accompagnés n’est toujours pas opérationnel.

Communiqué du Défenseur des droits

"Ce qui se profile, c’est une expulsion rapide et ramassée", confirme dans Libération le responsable du Secours catholique local, Vincent De Coninck. Ce dernier déplore notamment l'absence de "diagnostic à part pour les mineurs". L'association Emmaüs considère ainsi que les dates évoquées pour le démantèlement rendent "caduc l'espoir d'une opération véritablement humanitaire".

Le risque de violence

Les associations s'inquiètent surtout de la conséquence de ce démantèlement précipité au niveau humanitaire. "La préfecture veut des journées à 50, voire 60 bus vers les centres d’accueil et d’orientation. Cela induira des violences, c’est inévitable. Ça ne peut qu’être brutal", explique Vincent de Coninck.

"Tout porte à croire que le gouvernement va reproduire les erreurs de Sangatte", ajoute le président d'Emmaüs France, Thierry Kuhn, qui juge "complètement démesuré" le dispositif policier annoncé. Selon LCI, 19 cars de CRS et un millier d'hommes vont être mobilisés pour l'opération. "On dirait que Bernard Cazeneuve fait tout pour que la situation tourne à l'affrontement", estime Thierry Kuhn. 

C'est une opération sécuritaire, qui n'a d'humanitaire que le nom.

Vincent de Coninck, reponsable du Secours catholique

à Libération

L'inefficacité de l'opération

Les associations pointent surtout qu'un démantèlement non préparé aurait pour conséquence de rendre inefficace le démantèlement. "Non seulement on va faire la chasse aux exilés, mais en plus, le résultat sera nul", estime ainsi Vincent de Coninck. Et le responsable du Secours catholique enfonce le clou : "Qui veut croire qu'il n'y aura plus d'exilés à Calais en janvier ? Qu'est-ce que ça veut dire de fermer un lieu pour les femmes et les enfants ?"

Le durcissement du dialogue

Le succès de l'opération nécessite une concertation entre l'Etat et les acteurs de terrain, mais les récentes sorties d'Emmaüs et du Secours catholique risquent de tendre un peu plus le dialogue. Les deux associations agitent en filigrane la menace d'une nouvelle action en justice pour empêcher le démantèlement. "Cette opération humanitaire doit avoir lieu et elle aura lieu, dans les meilleures conditions possibles", répond le ministère de l'Intérieur.

De son côté, la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, appelle à éviter la "polémique" et "les paroles tonitruantes", s'interrogeant sur les intentions des associations. "Il faut qu'on arrête de jouer la méfiance entre l'Etat et les associations", dont "beaucoup nous demandent d'agir pour démanteler ce campement". La réunion prévue mardi au ministère de l'Intérieur doit permettre de renouer le dialogue.

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