Naufrage de migrants : "Les passeurs encouragent leurs clients de misère à traverser en leur disant que c'est un lac", déplore le président de la SNSM de Calais

Bernard Barron et son équipe de sauveteurs sont les premiers à être intervenus pour secourir un bateau de migrants en Manche mercredi. Ils sont mis à contribution "presque tous les jours".

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Radio France
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Des migrants irakiens, afghans et iraniens, secourus par la SNSM à Calais (Pas-de-Calais), le 15 septembre 2021. (BERNARD BARRON / AFP)

"Tous les jours, nous sommes mis à contribution" pour aller sauver des migrants, a indiqué, jeudi 25 novembre, sur franceinfo, Bernard Barron, président de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) après le naufrage d’une embarcation au large de Calais (Pas-de-Calais) et la mort de 27 migrants. "Les passeurs encouragent leurs clients de misère à traverser en leur disant que c'est un lac", a-t-il dénoncé. Selon Bernard Barron, la Manche "est une autoroute où passent quotidiennement, dans chaque sens, 300 bateaux géants".

franceinfo : Comment avez-vous été alerté ?

Bernard Barron : L’alerte a été déclenchée par le Cross Gris-Nez vers 14 heures 50, hier [mercredi 24 novembre], et le bateau de sauvetage de Calais a appareillé dans le quart d’heure, comme le prévoit la procédure, pour rejoindre un point où un pêcheur avait retrouvé les corps flottants en mer. Tous les sauveteurs en mer du littoral des Hauts-de-France, de Berck, Boulogne, Calais, Gravelines et Dunkerque ont été mobilisés hier pour récupérer ou pour aller localiser des tentatives de traversée. Tous les sauveteurs de Littoral Hauts-de-France ont été mis à contribution. Malheureusement pour notre équipage, c'est nous qui avons ramassé les premiers cadavres, les premiers corps en mer.

Quel scénario privilégiez-vous ?

Hier à 21 heures, lorsque les corps étaient ramenés sur Calais, plusieurs hypothèses étaient envisagées. La Manche est une autoroute où passent quotidiennement dans chaque sens 300 bateaux. Et parmi ces bateaux, il y a des bateaux géants, il y a des portes-conteneurs géants, il y a des superpétroliers.

Les bateaux utilisés par les migrants qui sont mis à disposition par les passeurs sont des "long-boats", des bateaux pneumatiques qui ne sont pas du tout adaptés, qui sont surchargés.

Bernard Barron, président de la SNSM de Calais

à franceinfo

Et quand ces bateaux traversent le sillage d'un porte-conteneur qui provoque des vagues de deux mètres de haut, vous imaginez bien que ces pauvres gars qui sont au ras de l'eau sont victimes d'un tsunami. Cette hypothèse est possible. La collision est possible. Le défaut de fabrication de ce bateau est possible parce que ce sont des bateaux très légers qui sont spécialement conçus par les passeurs pour leur clientèle.

Ces opérations de secours sont-elles devenues quotidiennes ?

Tout à fait. Tous les jours, nous sommes mis à contribution. Hier, par exemple, nos collègues de Berck-sur-Mer, le matin, sont partis pour localiser deux embarcations du même type qui étaient au large du Touquet, de Berck. Dunkerque a fait la même chose, Boulogne a fait la même chose. Et nous, c'est pratiquement tous les jours. Ce matin, on est prêts à repartir pour chercher des migrants puisque la mer est incroyablement calme en ce moment pour un mois de novembre. Et les passeurs encouragent leurs clients de misère à traverser en leur disant que c'est un lac. En fin de compte, ce n'est pas un lac, c'est une mer avec des courants, avec des bateaux et des tempêtes, avec du brouillard, etc.

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