Grèce : l'île de Lesbos en état d'urgence après un incendie dans un camp hébergeant plus de 12 000 demandeurs d'asile

Si le feu n'a fait que des blessés légers, policiers et pompiers sont confrontés à une situation tendue entre migrants et habitants de l'île.

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Le camp de Moria sur l'île de Lesbos en proie aux flammes, le 9 septembre 2020. (MANOLIS LAGOUTARIS / AFP)

"L'île de Lesbos est déclarée en état d'urgence" a annoncé mercredi 9 septembre le porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas, sur la chaîne de télévision publique ERT. Une opération de sauvetage d'envergure est en cours dans l'emblématique et surpeuplé camp de migrants de Moria, où plusieurs feux se sont déclenchés mercredi au petit matin, selon les pompiers grecs. "Des feux épars dans la prairie autour du camp, mais aussi à l'intérieur de la structure", mobilisent 25 pompiers et 10 véhicules pour évacuer le camp qui héberge près de 12 700 demandeurs d'asile, quatre fois sa capacité d'accueil. Une réunion gouvernementale doit se tenir dans la matinée "pour examiner la situation à Moria et les mesures qui vont être prises", annonce le gouvernement.

Les pompiers précisent que pour l'instant "il n'y a pas de victimes, mais quelques blessés légers avec des problèmes respiratoires dus à la fumée". Selon un photographe sur place, "la quasi-totalité du camp est en feu, aussi bien à l'intérieur que les tentes qui se trouvent à l'extérieur dans l'oliveraie". "Des demandeurs d'asile fuient le camp à pied en direction du port de Mytilène mais sont bloqués par les véhicules des forces de l'ordre", ajoute-t-il.

D'après l'agence de presse grecque ANA, les feux auraient été déclenchés après la révolte de certains demandeurs d'asile qui devaient être placés en isolement, ayant été testés positifs au coronavirus ou proches d'une personne ayant été détectée positive.

Les autorités confrontées à des tensions

Selon le site d'information locale Lesvospost, plus de 3 000 tentes, des milliers de conteneurs, des bureaux de l'administration et une clinique au sein du camp ont été brûlés. Stand by Me Lesvos, une association regroupant locaux et réfugiés, s'alarme sur Twitter : "Tout brûle, les gens fuient".

"Certains témoignages rapportent que des locaux bloquent le passage (des réfugiés) dans le village voisin", ajoute aussi l'association. Les pompiers rapportent également avoir "été empêchés d'entrer dans le camp pour intervenir" par certains groupes de réfugiés à leur arrivée dans le camp. "Depuis plusieurs heures, des grands feux entourent le centre de réception. Les foyers se multiplient (...) et avec la force du vent, le feu s'étend rapidement", commente sur sa page Facebook l'association des habitants de Moria et des autres villages environnants. "La zone paie le prix de l'indifférence et de l'abandon", poursuit l'association des habitants qui appelle les autorités à agir rapidement pour trouver une solution pour les demandeurs d'asile qui seront sans abri après l'incendie.

Face à la "catastrophe humanitaire", le ministre allemand des Affaires étrangères a réclamé mercredi des pays de l'Union européenne qu'ils prennent en charge des migrants. "Nous devons au plus vite déterminer comment nous pouvons soutenir la Grèce", a déclaré sur Twitter Heiko Maas. Parmi ces aides, "figure une répartition entre pays de l'UE prêts à accueillir (des migrants)", soutient le ministre, dont le pays assure la présidence semestrielle de l'UE.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré que l'UE se tenait "prête à aider": "Nous nous tenons prêts à aider, avec les Etats membres. Notre priorité est la sécurité de ceux qui se retrouvent sans abri", a-t-elle déclaré sur Twitter, précisant que le vice-président de la Commission, le Grec Margaritis Schinas, allait se rendre en Grèce "dès que possible"Plus tôt dans la matinée, la commissaire européenne aux affaires intérieures Ylva Johansson avait annoncé que l'UE finançait le transfert et l'hébergement en Grèce continentale de quelque 400 enfants et adolescents du camp de Moria.

Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a lui assuré que la France était "prête à prendre sa part", pendant sa conférence de presse mercredi. 

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