La carte bancaire des demandeurs d'asile au cœur d'une controverse

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a finalement repoussé à début novembre l'entrée en vigueur d'une réforme de cette carte, très contestée par les associations.  

Un migrant lors du démantèlement de la jungle de Calais (Pas-de-Calais), le 24 octobre 2016. 
Un migrant lors du démantèlement de la jungle de Calais (Pas-de-Calais), le 24 octobre 2016.  (JEF BAECKER / HANS LUCAS / AFP)

Après une controverse suscitée par les acteurs sociaux qui y voient un moyen de "pourrir la vie" des nouveaux arrivants, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a repoussé à l'automne l'entrée en vigueur d'une réforme de la carte bancaire des demandeurs d'asile

Annoncée au creux de l'été, le 23 juillet, par un mail aux gestionnaires d'établissements d'accueil de migrants, la modification devait être une simple manipulation technique : la carte, sur laquelle est versée chaque mois l'allocation pour demandeurs d'asile (ADA), allait passer d'un moyen de retrait d'argent liquide à une carte uniquement de paiement, sans que le montant de l'ADA ne change.

L'ADA est la seule aide perçue par les demandeurs d'asile et peut aller d'environ 7 euros par jour pour un célibataire à 17 euros par jour pour un couple avec deux enfants, par exemple.

Une manière de décourager le recours à cette aide

Le milieu associatif y a immédiatement perçu une manœuvre politique visant à décourager le recours à cette aide versée actuellement à 151 000 personnes, pour environ 42 millions d'euros mensuels. 

Les associations regrettent notamment le nouveau fonctionnement avec 25 paiements mensuels autorisés (et 50 centimes facturés par paiement au-delà) qui risquent selon elles de priver les utilisateurs de liquidités pour "les actes de la vie quotidienne", comme l'achat d'une baguette en boulangerie ou l'accès aux laveries.

"C'est une réforme qui a pour objectif de pourrir la vie des gens", déplore le patron de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), un des organismes qui avait cosigné fin juillet un courrier à l'Ofii dénonçant une "entrave à la libre disposition de l'allocation" qui "limite les possibilités d'accès à un mode de vie normal le temps de l'instruction" de la demande d'asile.

La modification reportée au 5 novembre

Sous la pression, l'Ofii a annoncé lundi avoir décalé au 5 novembre, soit de deux mois, la mise en place de la réforme, et donné "un délai supplémentaire aux opérateurs (...) pour qu'ils puissent équiper toutes les structures en terminal de paiement". Son directeur, Didier Leschi, a tenté de rassurer : "L'ADA ne baisse pas, ça ne change rien sur le montant. Ca n'a aucun rapport avec des économies." Il explique, au contraire, avoir voulu aider les demandeurs d'asile qui "sont en difficulté quand il leur reste moins de 10 euros sur la carte, car ils ne peuvent plus retirer. Or, pour certains, 9 euros ce n'est pas négligeable, ça peut faire 5% de l'allocation".