Jungle de Calais : "Le démantèlement n’a strictement rien réglé", selon un spécialiste des questions européennes

Selon Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions européennes et du Royaume-Uni, le Brexit et le possible durcissement du droit d'asile britannique rendent la situation à Calais encore plus complexe.

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Radio France
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Une opération de police dans un camp de migrants à Calais. (STEVE PARSONS / MAXPPP)

"Le démantèlement de la jungle de Calais n’a strictement rien réglé", estime dimanche 24 octobre sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions européennes et du Royaume-Uni. Cinq ans après la fermeture de ce camp de migrants, les traversées de la Manche n’ont pas diminué et sont même en nette augmentation, alors que le Royaume-Uni compte durcir son droit d’asile.

franceinfo : Les accords du Touquet, signés en 2003, ont placé la frontière franco-britannique en France. Sans visa, personne ne peut se rendre sur le sol anglais, les contrôles sont aussi de la responsabilité des Français. Le Brexit a-t-il changé quelque chose à cette situation ?

Patrick Martin-Genier : Le Brexit n’a rien changé du tout puisqu’il y a toujours cette volonté des migrants d’aller au Royaume-Uni parce qu’on peut s’y cacher plus facilement, on peut travailler, il y a un besoin de main d’œuvre, et au titre du regroupement familial, beaucoup veulent aller au Royaume-Uni. De surcroît, les accords du Touquet n’étaient pas européens, mais un accord bilatéral. Cette volonté de traverser la Manche s’est considérablement accrue, au cours des huit premiers mois de l’année, entre 15 et 18 000 personnes ont réussi cette traversée, cette pression n’a jamais cessé. Plusieurs dizaines de kilomètres de plage doivent être surveillés dans la région de Calais, et le démantèlement de la jungle n’a strictement rien réglé. La France fait son devoir, loyalement, dans l’application des accords de Calais, mais nous manquons de moyens matériels et humains pour avoir un contrôle très efficace. Comme en Méditerranée, c’est extrêmement difficile de vérifier tous les flux.

Depuis les accords du Touquet, les conditions de versement des contreparties financières du Royaume-Uni à la France pour effectuer les contrôles ont été précisées. 70 millions d’euros ont été garantis à la France pour surveiller la Manche, mais l’argent n’est toujours pas arrivé...

Depuis les accords du Touquet, les Britanniques considèrent que leur politique migratoire commence à Calais, en France, et que nous sommes en quelque sorte leur sous-traitant pour empêcher toutes les traversées de la Manche, et les migrations qu’ils considèrent comme illégales sur leur territoire. La ministre de l’Intérieur britannique, Priti Patel, accuse la France de ne pas faire correctement son travail et qu’il n’y a donc pas lieu de lui verser cet argent. C’est de l’ordre de 163 millions d’euros, 54 millions de livres. C’est une sorte de chantage financier politique. Il y a de nouveau une crise entre les deux pays. Même si la ministre de l’Intérieur britannique a dit qu’elle allait verser l’argent, on n’en a toujours pas vu la couleur.

Les Britanniques veulent durcir leur droit d’asile et leur loi contre les étrangers en situation irrégulière. Le texte prévoit même que les bateaux qui arrivent par la Manche puissent être repoussés. Le Royaume-Uni se ferme-t-il de plus en plus ?

Non seulement il se ferme de plus en plus, mais si le gouvernement britannique mettait à exécution cette menace, ce serait une rupture totale de la Convention de Genève sur les réfugiés de 1951, ce serait une violation manifeste de la Convention européenne du droit de l’homme, et le nouveau projet de loi en discussion contient des dispositions graves, qui contreviennent considérablement à la Convention européenne des droits de l’homme. C’est une disposition extrêmement sévère qui contient de nombreuses violations, contre lesquelles s’érigent les organisations non gouvernementales et des droits de l’homme.

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