Calais : "La jungle, c'était un château par rapport à aujourd'hui", décrit une bénévole de l'association Salam, cinq ans après le démantèlement du camp

"Il faut qu'ils soient traités comme des gens", martèle sur franceinfo Claire Millot de l'association Salam qui vient en aide aux migrants de Calais.

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Radio France
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Des réfugiés regardent la fumée qui s'élève au-dessus des abris de fortune en feu dans la "Jungle" à Calais, le 26 octobre 2016, lors du démantèlement du camp. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

"C'est infiniment pire par rapport à la jungle démantelée en 2016", a décrit samedi 23 octobre sur franceinfo Claire Millot de l'association Salam qui vient en aide aux migrants de Calais, cinq années après le démantèlement de la fameuse jungle en octobre 2016. "La jungle, c'était un château par rapport à aujourd'hui", explique-t-elle, en parlant d'une situation "inhumaine".

franceinfo : Cinq ans après, quelle est la situation sur place ?

Claire Millot : Quand on pense à la grande jungle de Calais démantelée en 2016, en comparaison, c'était un château par rapport à ce qui existe aujourd'hui. Actuellement, il ne reste que des tentes et des bâches qui sont démantelées systématiquement et pratiquement tous les jours. Les autorités de l'État ont décidé de ne pas les laisser à cet endroit-là. Et tous les jours, les gendarmes viennent avec une équipe de nettoyage, ramassent le matériel de survie et font sortir les gens. C'est infiniment pire par rapport à la jungle démantelée en 2016. C'est terrible. La jungle de Calais n'était pas vraiment une jungle, mais plutôt un bidonville. Il y avait des abris construits avec des palettes et des morceaux de bois. Les gens pouvaient se tenir debout, ils arrivaient à se bricoler des systèmes de chauffage et récupéraient des vieux meubles. Actuellement, ce n'est même pas un bidonville, c'est vraiment une jungle et même pas complète. Les gens ne dorment même pas avec une tente, même pas avec une bâche.

"Il y a plein de gens qui dorment dehors sans rien sur eux, et ils commencent à faire humide, il commence à faire froid, on vient d'essuyer la tempête Aurore. C'est une chose qui est terrible."

Claire Millot

à franceinfo

Dans un rapport publié au début du mois d'octobre, l'association Humans Rights Watch dénonçait la politique de dissuasion de l'État qui soumet les migrants à "une humiliation et un harcèlement quotidien". C'est ce que vous décrivez ?

C'est tout à fait ça. C'est-à-dire que la politique de l'État, c'est "pas de point de fixation". C'est appliqué à la lettre d'une manière qui est complètement inhumaine. C'est quelque chose qui est affreux parce qu'on oublie complètement, dans une situation de ce genre, que ce sont quand même des gens. Je pense aux gens qui prennent ces décisions. Est-ce que monsieur Darmanin, le préfet Le Franc, ont déjà passé une nuit dehors avec rien ? Nous pensons qu'il y a pas loin de 2 000 personnes qui dorment dehors sur place en ce moment. Faut-il vraiment faire ça ? Faut-il vraiment rendre les choses inhumaines ? La seule chose possible, c'est de les accueillir comme il faut. Il faut leur offrir une situation où ils soient hébergés, où ils puissent tranquillement réfléchir pour savoir s'ils veulent vraiment aller en Angleterre ou s'ils ne doivent pas demander l'asile en France avec rapidement un droit de travailler. Il faut qu'ils soient traités comme des gens. J'ai un peu l'impression de radoter, mais c'est mon obsession. Ce sont des gens comme nous, des gens qui ont froid la nuit, qui sont mouillés, qui ont faim s'ils n'ont pas à manger, qui ont soif s'ils n'ont pas à boire, qui ont besoin de se laver.

Dans ces conditions, de quelle façon les associations dont vous faites partie arrivent elles encore à travailler, à aider ces migrants au quotidien ?

Nous continuons. Nous avons des gens justement qui ont froid et ont faim. Nous faisons le maximum pour que tous aient quelque chose à manger chaque jour. Nous arrivons encore à récupérer des couvertures, nous distribuons régulièrement des couvertures en se disant "tout ce qu'on peut faire, le tout petit peu qu'on peut faire, on le fait". Nous distribuons un petit-déjeuner tous les matins et nous essayons de trouver une boisson chaude pour tout le monde. Il faudrait dire que ce sont des gens comme vous et moi. Ce sont des gens qui ont fui la guerre, qui ont subi une dictature. Ces gens-là, il faut leur trouver une place. On a fait venir des Afghans parce que les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan. Mais les Afghans qui sont là depuis quelques mois, alors eux, ils ont droit à rien. Il y aussi des Érythréens, qui ont fui une dictature absolument épouvantable. Il y a des Syriens, tout le monde en France connaît leur guerre civile. Je ne parle pas de l'Iran ou de l'Irak, car c'est beaucoup plus compliqué en fonction des endroits. Tous ces gens ne sont pas partis pour rien. On ne quitte pas son pays comme ça sur un coup de tête en se disant "tiens, je vais aller voir ailleurs". Si on quitte sa famille, ce pays dont on parle la langue, dans lequel on a un travail ou dans lequel on fait des études, pour un pays dont on parle pas couramment la langue, c'est bien qu'on y est contraint. Et ça, c'est une chose vraiment terrible.

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