Journée mondiale des réfugiés : "Le terme de réfugié climatique n'a pas de valeur juridique", rappelle une chercheuse

C'est dimanche 20 juin la Journée mondiale des réfugiés, l'occasion de revenir sur les personnes qui doivent quitter leur lieu d'habitation à cause de phénomènes environnementaux.

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Radio France
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Un fermier indien dans une zone aride, près d'Agartala, dans l'État de Tripura. (ARINDAM DEY / AFP)

"La plupart des déplacements qui sont liés au changement climatique se déroulent notamment à l'échelle interne", c'est-à-dire à l'intérieur d'un même pays, a rappelé dimanche 20 juin sur franceinfo Élodie Hut, doctorante au sein de l’Observatoire Hugo (rattaché à l’université de Liège, en Belgique), qui étudie les interactions entre le dérèglement climatique et les migrations humaines, en cette Journée mondiale des réfugiés. Depuis le début de l'année, plus de 82 millions de personnes ont fui la guerre ou les persécutions, un chiffre deux fois plus élevé qu'il y a dix ans.

franceinfo : Qui sont les premiers réfugiés climatiques ?

Élodie Hut : D'abord, je pense qu'il est important de rappeler que le terme de réfugié climatique n'est pas tout à fait approprié : il n'a pas de valeur juridique. Si on regarde la Convention de Genève de 1951, il est important de préciser que le facteur environnemental n'est pas présent. La plupart des déplacements qui sont liés au changement climatique se déroulent notamment à l'échelle interne. La question d'un statut juridique international est évidemment importante à envisager, mais il y a d'autres aspects à explorer. Le cas emblématique, ce sont les îles du Pacifique ou de l'océan Indien, qui sont menacées par l'élévation du niveau des mers. Mais en réalité, il y a d'autres zones qui sont touchées par d’autres types de phénomènes environnementaux : je pense aux zones arides ou semi-arides d'Afrique par exemple, ou en Europe et aux États-Unis. La plupart des déplacements internes ont lieu en Asie, Asie du Sud-Est, puis ensuite en Afrique et dans les Amériques et en Europe.

Avez-vous le sentiment qu'on sous-estime les migrations à venir en raison de ce dérèglement climatiques ?

Au contraire, j'ai l'impression qu'on a justement tendance à les présenter sous un angle plutôt alarmiste qui peut être potentiellement dangereux. On utilise souvent des chiffres comme 143 millions de réfugiés climatiques d'ici 2050 par exemple. Ces chiffres sont importants, mais ils occultent le fait que c'est déjà un phénomène actuel. Il suffit de regarder les chiffres de l'Observatoire des situations de déplacements internes, qui produit un rapport chaque année. Cette année, ils ont estimé que sur les 40,5 millions de nouveaux déplacements internes à travers le monde, 30,7 millions étaient liés à des catastrophes, comme des tempêtes, feux de forêts, glissements de terrains, etc. Le reste est lié à des situations de conflits et de violences. Je pense que les migrations environnementales sont plus à concevoir dans le cadre de la gouvernance des migrations de manière générale et aussi dans le cadre de la gouvernance du changement climatique. C'est ce qui est compliqué : on touche à deux sujets politiques, qui déchaînent les passions et quand on mêle ces deux sujets, il est plus difficile de trouver des solutions concrètes.

Faut-il se préparer maintenant à ce qui va se produire ensuite ?

Absolument, et je pense qu'il y a déjà des initiatives qui ont été prises depuis plusieurs années. La plus récente, c'est l'adoption en 2018 du pacte sur les migrations sûres et ordonnées, le fameux pacte de Marrakech, qui reconnaît que les migrations peuvent aussi comporter un élément environnemental. Donc ils essaient d'intégrer cette question dans leurs objectifs. Mais ça reste un document non contraignant, très récent, donc il va falloir suivre ça de près.

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