"Injuste", "dispositions cruelles", "immense gâchis" : les associations d'aide aux migrants dénoncent l'adoption de la loi asile-immigration

Amnesty International, l'association d'aide aux migrants ADN, et la Cimade ont réagi lundi sur franceinfo après l'adoption en première lecture par l'Assemblée nationale du projet de loi asile-immigration.

Des militants manifestent contre la loi asile-immigration devant l\'Assemblée nationale à Paris, le 16 avril 2018.
Des militants manifestent contre la loi asile-immigration devant l'Assemblée nationale à Paris, le 16 avril 2018. (MAXPPP)

Les associations d'aide aux migrants ont exprimé lundi 23 avril sur franceinfo leur inquiétude. La loi asile-immigration adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale prévoit notamment un allongement de 90 jours dans les centres de rétention contre 45 jours jusqu’à maintenant. 

Un texte "injuste" pour Amnesty International

Le responsable du programme "protection des populations" à Amnesty International, Jean-François Dubost, a critiqué sur franceinfo l'adoption d'un texte qu'il ne juge "pas équilibré". Désormais, les personnes déboutées de leur demande d'asile n'auront que 15 jours pour déposer un recours. Pour Jean-François Dubost, "c'est très court, surtout quand il s'agit d'expliquer les raisons pour lesquelles on a fui, ou les craintes que l'on a dans le futur, en cas de retour dans son pays". Ce responsable d'Amnesty International évoque une "disproportion entre les enjeux", en mettant en parallèle ce délai "quatre fois moins important" que celui dont dispose "chaque Français pour contester un permis de construire". Les demandeurs d'asile sont "des personnes qui sont à la rue, qui ne sont pas prises en charge avant de pouvoir déposer leur demande d'asile. Donc c'est difficile et injuste", estime Jean-François Dubost.

Des dispositions "cruelles et inhumaines", affirme l'association ADN

"Je ne m’attendais pas à cela", a réagi pour sa part Teresa Maffeis, fondatrice de l’association ADN d’aide aux migrants, après l'adoption en première lecture par l'Assemblée nationale du projet de loi. Pour elle, "il y a des dispositions cruelles et inhumaines" dans le texte. "Les migrants sont là car ils ne peuvent pas faire autrement. Ils souffrent, ils sont victimes de violences et maintenant on va leur infliger toutes ces nouvelles lois répressives, on va ajouter de la peur à l’angoisse", dénonce Teresa Maffeis sur franceinfo. "Raccourcir les délais c’est compliquer les choses, c’est leur couper la parole."

Sur la question des mineurs, la fondatrice de l'association ADN se félicite toutefois d'avoir obtenu de la police "qu’elle ne renvoie pas les mineurs à la frontière italienne, car ce ne sont pas des étrangers mais des enfants. Mais en France, ils errent de ville en ville. Il y a encore beaucoup de choses à faire pour ces mineurs." 

"Le sentiment d'un immense gâchis", regrette la Cimade

Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, a confié de son côté son amertume. "On a le sentiment d'un immense gâchis, d'une occasion manquée,  d'un débat en profondeur sur les enjeux d'une véritable politique migratoire". La présidente de la Cimade a condamné les "propos absolument honteux" de "la droite et l'extrême droite", mais aussi "un certain nombre d'orientations de la part du ministre de l'Intérieur parlant d'invasion de certaines régions qui entretenaient ce diagnostic faux". Si les députés ont assoupli le délit de solidarité, cela ne suffit pas pour Geneviève Jacques : "C'est un assouplissement qui va dans le bon sens mais qui ne compense en rien tous les aspects très déséquilibrés de cette loi."