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Fermeture des ports italiens aux migrants : "on est assez sceptiques", explique une association de secours

Alors que l'Italie a menacé la semaine dernière de fermer ses ports aux migrants, l'association SOS Méditerranée estime qu'une telle mesure sera difficile à mettre en place.

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Radio France
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L'Aquarius, le bateau affrété par SOS Méditerranée, sauve les réfugiés en détresse depuis mars 2016. (LAURIN SCHMID/SOS MEDITERRANEE / PICTURE ALLIANCE)

Les ministres de l'Intérieur italien, français et allemand se sont réunis dimanche 2 juillet à Paris pour discuter de l'aide à apporter à Rome pour gérer l'afflux de migrants sur ses côtes. La semaine dernière, l'Italie avait réclamé plus de solidarité en Europe et avait menacé de bloquer l'entrée de ses ports aux bateaux étrangers transportant des migrants secourus en Méditerranée. Sophie Beau, vice-présidente de l'association SOS Méditerranée, estime que cette mesure sera difficile à appliquer sur le plan logistique.

franceinfo : Peut-on imaginer acheminer les migrants vers d'autres ports que les ports italiens?

Sophie Beau : Pour l'instant, nous n'avons pas eu d'instructions en ce sens. Il y a eu beaucoup de polémiques et de déclarations ces derniers jours. On est assez sceptiques dans la réalité des faits. Quand on rentre au port avec 500 à 1 000 personnes dans un bâteau prévu pour en accueillir entre 300 et 400, vous imaginez bien l'urgence qu'il y a de débarquer dans le premier port sûr et accessible. On ne voit pas comment cette mesure serait faisable.

L'association ne peut-elle pas acheminer elle-même les migrants en France ?

Nous travaillons toujours en collaboration avec les autorités italiennes, qui nous indiquent les ports de débarquement, en conformité avec le droit maritime international. L'obligation de l'association est en effet de pouvoir débarquer dans un port sûr ces personnes qui fuient des violences extrêmes et notamment ce qu'elles appellent l'"enfer libyen". L'Italie n'est pas le seul pays à avoir des ports sûrs mais prolonger les traversées poserait problème. Notre bateau n'est pas adapté aux longues traversées avec autant de passagers. Par exemple, pendant le G7, il a fallu allonger notre trajet de retour pour aller jusqu'à Naples parce que la Sicile était fermée pendant que les chefs d'État se réunissaient à Taormine et ça a été extrêmement compliqué pour nous. On avait 1 000 personnes à bord, on a fait face à des situations d'urgence avec des personnes malades. 

Quelles solutions pourrait-on apporter pour résorber le flux de migrants ? L'Italie évoque une prise en charge depuis la Libye...

D'après ce que tous les rescapés nous disent, la Libye est en proie au chaos le plus total. On ne voit pas comment cela pourrait être mis en place de manière réaliste dans le respect des droits des personnes. On est franchement plus que sceptiques. On en appelle au respect du droit international et de la protection des personnes. 

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