Calais : l'arrivée d'un médiateur est "une opération de com", estime le prêtre Philippe Demeestère, en grève de la faim

"Laissez leur tente aux exilés" pendant la période hivernale, réclame ce mercredi sur franceinfo, Philippe Demeestère, aumônier du Secours catholique.

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Radio France
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Le prêtre Philippe Demeestère et deux bénévoles du Secours catholique sont en grève de la faim depuis le 11 octobre, en l'église de Saint-Pierre de Calais. Ici, le 27 octobre 2021.  (MATHIEU PATTIER / MAXPPP)

L'arrivée du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Didier Leschi, mercredi 27 octobre dans l'après-midi à Calais est "une opération de com", a assuré le même jour sur franceinfo, Philippe Demeestère, aumônier du Secours catholique, en grève de la faim avec deux autres personnes depuis le 11 octobre à Calais pour dénoncer ce qu'ils appellent le "harcèlement quotidien des migrants".

franceinfo : Avec quelle intention allez-vous discuter avec le médiateur Didier Leschi ?

Philippe Demeestère : Je pense qu'il s'agit d'une opération de com. Il s'agit maintenant de montrer que Monsieur Macron veille sur notre santé, a le souci des problèmes qui se posent en France donc on envoie quelqu'un, un médiateur qui dira à l'issue de la rencontre sans doute qu'il est impossible de dialoguer avec les associatifs. Je voudrais dire une première chose : il n'y a pas de place pour nous, pour un dialogue, puisque nos exigences ou nos attentes sont précises, durant la période de la trêve hivernale : on stoppe ce jeu stupide qui consiste à déloger de leurs lieux les exilés.

Qu'on ne les expulse pas et qu'on les abrite, c'est ce que vous souhaitez pendant cette période hivernale, qu'il y ait des accueils ?

Nous, on a choisi de faire le minimum, c'est-à-dire ce qui ressort de la simple humanité. On dit une période, on ne demande pas au gouvernement de s'engager pour la suite, on dit au moins que pendant cette période vous laissez aux exilés leur tente alors que ce sont des personnes qui, depuis des mois déjà, dorment à même le sol, sous la pluie et sous le vent, ce qui est vraiment scandaleux. Moi, je ne regarde pas la situation à partir de considérations judiciaires, politiques, économiques ou policières. Je regarde la situation avec les yeux d'un enfant que j'ai vu grelotter de froid le matin. Devant cet enfant je ne vais pas dire : "Écoutez, nous allons prendre des mesures, ceci, cela", il s'agit d'agir tout de suite.

Si cet engagement est pris, arrêterez-vous votre grève de la faim ?

Bien sûr et je sors le champagne. Je crois qu'on va tous être de bonne volonté. Mais les personnes exilées ici à Calais sont prises dans un tas de considérations qui n'ont rien à voir avec leur personne propre, c'est un enjeu électoral, surtout actuellement et puis c'est l'enjeu de marchandage avec la Grande-Bretagne qui passe en sous-main, sous la table. Les passeurs prolifèrent parce qu'on ne fait rien pour aménager des couloirs de passage qui soient accessibles. Si la frontière britannique est sur le sol français, pourquoi le gouvernement britannique n'établit pas un bureau ici en France qui examine les dossiers de demandes d'asile des personnes qui sont ici ? À ce moment-là, on peut s'organiser pour toutes ces personnes qui attendent de passer en Angleterre et on leur évite de prendre des risques pour leur propre vie. On est dans les faux-semblants de A jusqu'à Z.

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