"Nous avons des mails qui prouvent que l'Italie a fait pression sur le Panama" pour retirer son pavillon à l'"Aquarius"

Pierre Mendiharat, directeur adjoint des opérations de MSF, appelle, mardi sur franceinfo, le Panama à revenir sur sa décision et à ne pas céder à la pression de l'Italie.

Le bateau \"Aquarius\" en mer Méditerranée, le 23 juin 2018.
Le bateau "Aquarius" en mer Méditerranée, le 23 juin 2018. (PAU BARRENA / AFP)

Bientôt privé de pavillon, le navire humanitaire Aquarius a demandé "à titre exceptionnel" à la France de pouvoir débarquer à Marseille les 58 migrants secourus à son bord. Une solution à laquelle semble peu favorable le gouvernement qui préfère évoquer une "solution européenne". Pierre Mendiharat, directeur adjoint des opérations de MSF, est l'invité de franceinfo, mardi 25 septembre, pour évoquer cette situation.

franceinfo : Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, dit préférer une solution européenne et avance que le port de Marseille n'est pas le plus proche. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

Pierre Mendiharat : Nous sommes les premiers à avoir incessamment répété que nous voulions débarquer toujours dans le port le plus proche, ce qui nous permet de repartir le plus vite possible sur les zones de sauvetage. Cette fois, il y a une circonstance exceptionnelle : le Panama, sous la pression de l'Italie, a retiré son pavillon à l'"Aquarius" pour des raisons fallacieuses. Le Panama dit que l'on ne "respecte pas les procédures juridiques internationales", mais ce n'est pas vrai. Aujourd'hui c'est ça, hier c'était autre chose. La vraie raison - et nous avons des mails qui le prouvent - c'est qu'il y a eu des intimidations, des menaces de l'Italie contre le Panama. C'est une manœuvre politique internationale de grande ampleur pour faire en sorte que le dernier bateau d'ONG qui reste dans la zone de recherche ne puisse pas sauver les quelques dizaines de rescapés que l'on peut sauver.

À qui demandez-vous ce pavillon ?

On le demande d'abord au Panama. C'est un État fort et souverain, ils peuvent faire une évaluation, qu'ils avaient faite d'ailleurs trois semaines auparavant, après que Gibraltar, pour d'autres raisons fallacieuses, avait retiré son pavillon [La formulation de la destination du bateau, selon eux, ne correspondait pas à la véritable activité, après trois ans de pavillon]. On espère que le Panama va revenir sur sa décision et ne pas céder à la pression de l'Italie.

La mission de l'Aquarius est de plus en plus difficile. Quel avenir prévoyez-vous pour ce bateau ?

C'est le seul bateau d'une ONG qui peut encore faire du sauvetage dans cette zone-là. Mais, avec la difficulté à débarquer les gens, l'activité en elle-même est devenue faible malheureusement, alors qu'il y a des gens qui se noient tous les jours. D'ailleurs, chaque fois que l'"Aquarius" revient en mer après 3 semaines d'arrêt, il y a un sauvetage à faire dans les 48 heures. Depuis trois jours, c'est même quotidien. Que se passe-t-il lorsque notre bateau n'est pas en mer ? C'est terrible ! Il y a aujourd'hui 58 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, sur le bateau. Une seule vie justifierait que l'on poursuive ce travail, mais ce sont des dizaines et des centaines de personnes que l'on sort de l'eau.