"Aquarius" : pour l'Ofpra, "Il faut que l'on sorte de cette division de l'Europe qui porte préjudice au droit d'asile"

Pour les migrants de l'Aquarius, "il y a urgence" a affirmé sur franceinfo Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra. Il plaide pour la construction d'un "système européen qui soit digne, respectueux de la dignité des personnes." 

Des personnes à bord de l\'\"Aquarius\", le 16 juin 2018, qui est en route vers Valence (Espagne). 
Des personnes à bord de l'"Aquarius", le 16 juin 2018, qui est en route vers Valence (Espagne).  (KENNY KARPOV / SOS MEDITERRANEE)

"Il faut que l'on sorte de cette division de l'Europe qui porte préjudice à la fois à ces migrants, au droit d'asile et à l'unité de l'Europe", a réagi sur franceinfo samedi 16 juin Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, alors que l'Espagne a annoncé samedi 16 juin qu'elle acceptait l'offre de la France d'accueillir une partie des 630 migrants secourus par l'Aquarius, attendus dimanche 17 juin au matin, au port espagnol de Valence. Le ministère de l'Intérieur français a indiqué avoir missionné l'Ofpra (l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) pour "permettre l'accueil des personnes débarquées de l'Aquarius qui relèvent de l'asile". L'Ofpra sera chargée d'identifier les personnes, qui pourront être accueillies en France.

franceinfo : Combien de migrants de l'Aquarius vont pouvoir être accueillis ?

Pascal Brice : Nous mettons en œuvre le geste qu'a voulu le président de la République de solidarité vers l'Espagne, de manière à ce qu'un certain nombre des personnes qui vont arriver à Valence, soient prises en charge à leur arrivée. Un certain nombre d'entre elles seront entendues. Nous préparons cela avec nos collègues espagnols, par les équipes de l'Ofpra, de manière à pouvoir, lorsqu'elles relèvent du droit d'asile, rejoindre notre pays. Cela va dépendre du nombre de ces personnes qui souhaiteront demander l'asile, qui souhaiteront le faire vers la France, et des entretiens que nous aurons avec elles. Le gouvernement français décidera du nombre de personnes qu'il souhaitera accueillir dans notre pays.

Est-ce que la France, l'Italie et l'Espagne peuvent décider dans leur coin de se partager les migrants ?

Le président de la République a fixé le cap en recevant le président du Conseil italien vendredi 15 juin. C'est une solution européenne qui s'impose désormais. Le constat a été fait que les règles européennes ne fonctionnent pas. Elles provoquent des formes de désordre. Il s'agit de construire un système européen qui soit digne, respectueux de la dignité des personnes, respectueux du droit d'asile. Il faut que chacune et chacun puisse voir sa demande d'asile examinée dans de bonnes conditions. Et ensuite être accueilli en Europe. Ce que l'Ofpra va faire à la demande du président de la République en Espagne, c'est la préfiguration de ce qui pourrait être fait à l'avenir. Que les différents Ofpra européens, et peut-être un jour un Ofpra européen que nous appelons de nos vœux, puissent instruire les demandes d'asile dans de bonnes conditions. Que celles et ceux qui relèvent du droit d'asile puissent être accueillis dignement dans les différents pays européens. À travers ce que viennent de vivre ces hommes, ces femmes, ces enfants sur l'Aquarius, il y a urgence.

Est-ce que l'afflux de migrants en provenance du continent africain est en augmentation ?

Ces arrivées sont en réduction. C'est un paradoxe. Le plus grand nombre de ces arrivées est derrière nous. Mais la réalité est là, de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, qui engagent ces terribles traversées. Certains périssent, d'autres rejoignent les côtes de l'Europe. Il y a urgence à ce que nous puissions les entendre sur le sol africain, au Niger ou au Tchad, comme nous le faisons depuis quelques mois, mais aussi au Liban ou en Jordanie pour les réfugiés syriens depuis plus longtemps. Et ce, de manière à ce qu'ils puissent rejoindre l'Europe dans de bonnes conditions. Pour celles et ceux qui arrivent sur le sol européen, qu'ils puissent être accueillis à leur arrivée, que leur demande d'asile soit instruite. Et que celles et ceux qui relèvent du droit d'asile, ou qui relèveraient de protection humanitaire, puissent être accueillis dignement sur le continent européen. Il faut que l'on sorte de cette division de l'Europe qui porte préjudice à la fois à ces migrants, au droit d'asile et à l'unité de l'Europe.