Aquarius : "On refusera toujours de renvoyer des gens en Libye, c'est une ligne rouge qu'on s'est fixée"

Antoine Laurent, responsable des opérations maritimes de SOS Méditerranée, l'ONG qui affrète l'Aquarius, estime sur franceinfo que c'est "immoral [...] car la Libye ne peut pas être considérée comme un port sûr."

Antoine Laurent, lors d\'une conférence de presse à Marseille le 1er août 2018.
Antoine Laurent, lors d'une conférence de presse à Marseille le 1er août 2018. (BORIS HORVAT / AFP)

Après un mois d'escale à Marseille, l'équipage de l'Aquarius a repris la mer mercredi 1er août pour poursuivre ses missions de sauvetage de migrants au large de la Libye. Et malgré la polémique qui avait suivi en juin le refus de Malte et de l'Italie de lui ouvrir leurs ports, il reste "convaincu de la nécessité et de l'importance de la mission de l'Aquarius, qui consiste à porter secours à des personnes en détresse", comme l'a expliqué jeudi sur franceinfo Antoine Laurent, responsable des opérations maritimes de SOS Méditerranée, l'ONG qui affrète ce navire en partenariat avec Médecins sans frontières.

Accusées de faire le jeu des passeurs en refusant de remettre les migrants aux garde-côtes libyens, les associations "refuseront toujours de le faire", a souligné Antoine Laurent, car c'est selon lui "immoral" et "illégal au regard des conventions maritimes internationales, car la Libye ne peut pas être considérée comme un port sûr."

franceinfo : Ces critiques qui vous avaient accusés de faire le jeu des passeurs ne vous ont pas fait douter du bien-fondé de votre action ?

Antoine Laurent : Non. Moi-même qui étais sauveteur sur l'Aquarius il y a deux ans, la première réaction que j'ai eue, c'est que j'étais convaincu de la nécessité et de l'importance de la mission de l'Aquarius qui consiste à porter secours à des personnes en détresse qui cherchent à fuir un pays dans lequel ils n'ont aucune raison de rester, puisqu'ils y sont torturés et emprisonnés.

Emmanuel Macron avait estimé que les ONG étaient complices des passeurs parce qu'elles refusent de remettre les migrants aux garde-côtes libyens. Vous refuserez toujours de le faire ?

Oui, on le refusera, on l'a toujours fait. Aujourd'hui, les choses ont changé, on se retrouve dans un environnement très confus, puisque ce sont aujourd'hui les Libyens qui sont responsables de la zone de sauvetage au large de Tripoli. On se devra de travailler en coordination avec les autorités libyennes mais on refusera toujours de renvoyer des gens en Libye, c'est une ligne rouge qu'on s'est fixée, puisque non seulement c'est totalement immoral, pas acceptable, mais aussi illégal au regard des conventions maritimes internationales, car la Libye ne peut pas être considérée comme un port sûr.

L'Italie, Malte vous ont déjà refoulés… Vous vous attendez à être refoulés encore ? Où allez-vous débarquer les migrants que vous allez secourir ?

C'est une situation à laquelle on s'attend. On s'y est préparé. Nous avons utilisé ce mois de juillet pour rencontrer des autorités et aussi, plus techniquement, pour que le navire Aquarius soit prêt à accueillir 400 personnes pendant 15 jours, ce qui n'était absolument pas le cas avant le mois de juin. Donc, on s'y attend, on s'y prépare, même si ce n'est absolument pas souhaitable. On aimerait que l'Europe puisse mettre en place un système efficace de débarquement dans les ports les plus proches, à Malte ou dans le sud de l'Italie.